Nos vies valent plus que leurs profits La régression sociale ne se négocie pas, elle se combat ! Chez des ouvriers de Whirlpool à Amiens, le protectionnisme fait recette - SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPC

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Publié le par Syndicat CGT Le Meux
Publié dans : #Notes d'information Cgt Unilever

Les ouvriers de l'usine d'électroménager Whirlpool d'Amiens, bientôt délocalisée en Pologne, hésitent entre indifférence, colère et résignation à l'approche de la présidentielle. Avec une conviction: pour protéger l'emploi, il faut plus de protectionnisme, voire "sortir de l'Europe".

Amiens, 26 fév 2017 (AFP) -

"Les politiques laissent tout faire depuis des années: tout est délocalisé, tout s'en va, les gens deviennent chômeurs, il y a des suicides, des divorces... Mais ils n'en ont rien à foutre de nous", s'insurge Corinne Bizet, 49 ans, dont 17 ans chez Whirlpool, la voix chargée d'émotion.

A la mi-journée, sous le crachin, l'équipe du matin sort de l'usine, à trois kilomètres du centre-ville et de sa cathédrale gothique.

Les visages sont fatigués, l'ambiance morose: le géant américain de l'électroménager a annoncé en janvier la fermeture en 2018 de son usine d'Amiens (nord de la France), où 290 salariés fabriquent des sèche-linge, pour transférer la production à Lódz, en Pologne. Les emplois de 60 salariés d'un sous-traitant (Prima) et ceux d'intérimaires sont aussi menacés.

C'est la dernière fermeture d'usine en date pour une ville qui ne les compte plus. La plus spectaculaire avait été celle du fabricant américain de pneus Goodyear en 2014, avec la perte de plus de 1.100 emplois. Le taux de chômage atteint 11,9% à Amiens et dans ses environs, plus de deux points au-dessus de la moyenne nationale.

"Quand on parle de désindustrialisation de notre pays, ici ça a une résonance particulière", regrette Brigitte Fouré, la maire centriste de cette ville d'environ 200.000 habitants, qui dit son "amertume".

"Je n'ai même plus envie de voter", confie Christophe Colombo, 45 ans dont 27 chez Whirlpool. "Voter à gauche, voter à droite, ça sert à quoi?"

"Je ne crois plus en rien", renchérit Frédéric Coulon, qui travaille chez Prima depuis 16 ans et s'abstiendra lui aussi.

- 'Taxes aux frontières' -

Rares sont les personnalités politiques prêtes à affronter le ressentiment. Soutenu par le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, le journaliste engagé François Ruffin en campagne pour les législatives de juin est venu avec son camion coloré et une sono qui crache des chansons à la gloire de Che Guevara.

Auteur d'un documentaire social à succès ("Merci Patron!") et rédacteur en chef d'une gazette contestataire, "Fakir", M. Ruffin assume un positionnement protectionniste.

"Je ne veux pas que cette arme politique là soit exclusivement laissée entre les mains du Front national et que ce soient les seuls à oser prononcer les mots de taxe aux frontières, de barrières douanières, de quotas d'importation", explique-t-il en distribuant des tracts.

Eric Richermoz, le représentant local du Front national, a fait plusieurs fois la sortie d'usine. Pour convaincre, il dispose sur son téléphone portable d'un message vidéo de la présidente du parti, Marine Le Pen, promettant que les produits d'entreprises ayant délocalisé "seront taxés à 35%" lors de leur vente sur le territoire national.

En tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle le 23 avril, le Front national espère profiter du climat créé par la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne (UE) et la politique protectionniste du nouveau président américain Donald Trump.

"Les Anglais sont en train de mettre en place des mesures très proches de ce que souhaite faire Marine Le Pen", se réjouit Eric Richermoz, dont le parti veut un référendum sur le "Frexit".

Les ouvriers français, en concurrence avec des Polonais, des Slovaques ou des Roumains aux salaires beaucoup plus bas, ne se sentent pas assez protégés dans l'UE.

"Le problème c'est que tant que tout le monde n'est pas au même niveau en Europe, ça ne pourra jamais aller", analyse Guillaume Bonnard, 33 ans, chef d'équipe chez Prima.

Pour son collègue Mohamed El Mokretar, délégué syndical, la solution est simple: "Il faut sortir de l'Europe".

Corinne Bizet ne sait pas encore si elle ira voter. Mais elle a une certitude: il faut quitter l'euro et "revenir à la monnaie française" pour retrouver du pouvoir d'achat.

jmi/sof/lch/prh/nm/ggy

© 2017 AFP

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