Unilever, le colbertisme à la sauce anglaise

par Syndicat CGT Le Meux  -  15 Mars 2017, 21:21  -  #Notes d'information Cgt Unilever

Au pays du libéralisme, le patron du géant de l’agroalimentaire réclame des « règles du jeu » afin que l’Etat protège les champions industriels britanniques.
 

Paul Polman à Davos, le 21 janvier 2016. Le patron d’Unilever veut plus de protection pour les grandes entreprises britanniques en matière d’acquisitions.

Pour les Anglais, les affaires relèvent du sport, pour les Français, de la vie en société. C’est pourquoi, quand Paul Polman, le patron d’Unilever, réclame des « règles du jeu » (level playing field) en matière d’acquisitions, de ce côté-ci de la Manche, on pense plutôt à la « grammaire des affaires » d’un ministre de l’économie dix ans plus tôt.

Unilever, dernier géant britannique de la grande consommation, avec ses shampoings Dove, ses thés Lipton et ses glaces Ben & Jerry’s, ne se remet toujours pas de la tentative avortée de prise de contrôle de l’entreprise, en février dernier, par son concurrent américain Kraft pourtant deux fois plus petit que lui. Il multiplie depuis les promesses de cadeaux aux actionnaires et a entamé un lobbying intense pour que l’Etat renforce les règles en matière d’acquisitions. « Nous ne parlons pas de protection ; nous disons que dans une telle situation avec un champion national, il devrait y avoir des règles du jeu », a affirmé son patron, Paul Polman, dans le Financial Times. Un message à l’adresse des autorités de régulation, mais aussi à la première ministre, Theresa May, très sensible à cette rhétorique plutôt inhabituelle au pays du libéralisme débridé et de la finance audacieuse.

Etrange parallèle. En janvier 2006, le ministre français de l’économie, Thierry Breton, montait au créneau pour fustiger l’OPA hostile lancée par le sidérurgiste indien Mittal sur le français Arcelor. « Ce n’est pas un problème de communication ou d’image. C’est un problème de grammaire des affaires », avait-il lancé, se défendant de toute approche protectionniste mais au nom d’une vision « moderne » des affaires qui inciterait les entreprises à intégrer toutes les parties prenantes, et surtout les pouvoirs publics, dans leurs décisions et non les seuls actionnaires. Une approche bien française, déjà mise en œuvre un an plus tôt lorsque l’américain PepsiCo s’était approché de trop près de Danone. La France protège ses champions et le fait savoir.

Un tissu industriel qui s’est effiloché

Etonnament, c’est au tour de Londres de se rallier à cette doctrine que certains font remonter à Louis XIV et son ministre Colbert. Il faut dire que le tissu industriel britannique s’est effiloché encore plus radicalement que le français ces dernières années. L’acquisition de Cadbury, icône de la confiserie britannique, par le même Kraft en 2010, a créé un profond traumatisme.

Le monde

 

 

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