Danone : les salariés en grève pour souffrance morale

par Syndicat CGT Le Meux  -  5 Avril 2019, 16:45  -  #Notes d'information Cgt Unilever

Les grévistes ont mis en place un blocus de l'usine Danone. Les camions, empêchés d'entrer, sont stockés sur le parking.

Les grévistes ont mis en place un blocus de l'usine Danone. Les camions, empêchés d'entrer, sont stockés sur le parking.

Depuis lundi, le personnel de la laiterie Danone de Villecomtal s'est mis en grève à l'appel du syndicat CGT. Un mouvement largement suivi. Huit points étaient rédigés sur le cahier de revendications présenté à la direction. Plusieurs arrêts de travail étaient recensés durant ces derniers mois eu égard à de mauvaises conditions de travail.

Dans un communiqué, la CGT explique la situation et ses revendications : «Depuis plusieurs mois, nous sommes dans la souffrance psychologique, stress, mal-être dans l'usine face à une direction qui avance dans un plan de productivité à outrance dénoncé par les élus, le CHSCT, la médecine du travail. L'inspecteur du travail a mis la direction en demeure de s'occuper de cette souffrance vécue par les salariés. Le CHSCT, l'intersyndicale CGT et CFE-CGC a démissionné tellement leur fonction devenait inutile dans leur mission. Aujourd'hui, l'usine est en grève depuis dimanche minuit, avec blocage des camions. Des huissiers viennent constater par moments la situation de blocage et une procédure judiciaire va être lancée contre les salariés. Une liste de revendications avait été faite en début de conflit. L'ensemble des salariés avec les élus CGT ne demandant plus que deux choses afin de sortir du conflit : embauche de deux personnes en CDI Danone sous contrat employeur ainsi que la mise en place d'une personne temporairement pour assurer les pauses des salariés ainsi que d'autres tâches en annexe, le temps que des solutions matérielles soient trouvées pour enlever le stress et le mal-être psychologique des salariés de l'atelier conditionnement. La direction reste encore fermée à ces simples propositions, donc le blocage continuera par les salariés».

Hier en toute fin de journée, un accord de fin de conflit était en cours de négociation.

Fin de la grève à l'usine Danone de Villecomtal

www.ladepeche.fr-03/04/2019

Au centre de la grève, à présent terminée, à l’usine Danone de Villecomtal, le remplacement pendant les pauses, et l’embauche de personnels en contrat employeurs.  « Danone met en place des plans de productivité, explique Olivier Armand, délégué CGT de l’usine. Cela aboutit à des salariés à qui on demande de la polyvalence, de la polycompétence, et qui se retrouvent à passer d’un service à un autre. »

Autre conséquence, la suppression d’un poste destiné à remplacer les ouvriers sur les lignes de production pendant leurs pauses. « On est ok pour la suppression de postes, mais pas sans solution viable ! On a essayé de faire sans : ce n’était pas possible, et ça entraînait la fin de l’entraide, et beaucoup de stress sur les lignes. »

Le mal-être au travail, dénoncé par la médecine du travail, en comité d’établissement et lors de CHSCT, débouche sur des salariés en pleurs, des arrêts de travail, etc.

« À la suite de ce mouvement, entamé lundi à minuit, la direction a demandé aux chefs d’équipes d’assurer 50 % de ces remplacements de pauses. Ce qui conduira à trouver des solutions techniques, avec l’apport de machines pour soulager certaines tâches, et des solutions organisationnelles. » Quant aux salariés en contrat employeur, ils pourraient postuler à des postes normalement pourvus en interne. « Nous avions une dizaine de points en régler. Là, le protocole de fin de conflit n’en règle que deux. Si les autres ne sont pas traités, la grève reprendra ! »

 

Comment le PDG de Danone a renoncé à son "parachute doré"

www.bfmtv.com-03/04/2019

Début 2019, Emmanuel Faber a renoncé à son indemnité de départ, sa retraite chapeau et à sa clause de non-concurrence. Selon les calculs de Proxinvest, l'actuel PDG de Danone tire un trait sur quelques dizaines de millions d'euros de revenus potentiels.

C'est peu de dire que les très généreuses rentes de retraites de Tom Enders (Airbus) ou Carlos Ghosn (Renault) font débat. "Le régime de retraite chapeau, qui coûte 26 millions d'euros (celui de Tom Enders NDLR) à l'entreprise, implique qu'il va toucher chaque année aux alentours d'1,3 millions d'euros de retraite. C'est colossal. Ce sont des pratiques qui datent d'une quinzaine d'années et qu'on avait tendance à voire disparaître en France" expliquait hier soir, mardi 2 avril, sur l'antenne d'Europe 1, Loïc Dessaint, le directeur général de Proxinvest.

Il aurait pu toucher 1,2 million d'euros l'an de rente à sa retraite

Mais, certains autres PDG du CAC 40 en décident autrement. "Cette semaine, j'ai pu constater dans le rapport annuel de Danone, par contre, qu'Emmanuel Faber, PDG de Danone, renonçait à se retraite chapeau. Il avait le droit lui aussi à 1,2 million d'euros par an et il a décidé d'y mettre fin" ajoutait le directeur général de Proxinvest.

Cette décision figure en effet en toutes lettres dans le document de référence 2018 du groupe agro-alimentaire. "Par courrier en date du 25 janvier 2019, Monsieur Emmanuel FABER a mis fin à son contrat de travail et a renoncé à son indemnité de départ ainsi qu’au bénéfice de son engagement de retraite à prestations définies. Son engagement de non-concurrence a également pris fin concomitamment au contrat de travail" est-il écrit dans ce rapport financier. Au lieu d'une retraite chapeau, l'actuel patron du géant français de l'agro-alimentaire rentre dans le régime commun de retraite à cotisations définies.

Sa rente calculée sur 20 ans aurait atteint 23,9 millions

Selon les calculs de Proxinvest, association de défense des petits actionnaires, basés sur les éléments du document de référence de Danone, "le montant estimatif de la rente qui aurait pu être versée à Monsieur Emmanuel FABER était de 1.194.300 euros. Donc sous l'hypothèse qu'il parte à la retraite à 62 et d'une espérance de vie de 82 ans, cela fait un montant total de 23,9 millions d'euros".

À ce montant déjà élevé, Proxinvest a finalement ajouté, d'après ses nouveaux calculs, l'évaluation de l'indemnité de départ, plafonnée à 4 millions d'euros, à laquelle Emmanuel Faber renonce aussi. Ce calcul tient compte du montant de sa rémunération fixe (aux alentours d'un million d'euros) et de sa partie variable (1 à 1,2 million d'euros), soit deux fois deux millions d'euros. Conclusion, le PDG de Danone a potentiellement renoncé à l'équivalent de 28 millions d'euros de parachute doré!

Sa rémunération a atteint 2,787 millions d'euros en 2018

À la tête de Danone depuis décembre 2017, après y être entré 20 ans plus tôt, Emmanuel Faber (55 ans) est réputé pour ses positions personnelles en faveur de plus de justice sociale. Il a notamment écrit en 1992 "Main basse sur la cité, éthique et entreprise", un ouvrage critique sur les dérives du monde de la finance dont il a fait partie au début de sa carrière en travaillant  pour la banque d'affaires britannique Barings (aujourd'hui disparue).

Dans un discours prononcé en 2016 devant les étudiants de HEC, dont il est diplômé, il déclarait: "après des décennies de croissance, l'enjeu de l'économie, l'enjeu de la mondialisation, c'est la justice sociale. Sans elle, il n'y aura plus d'économie".

En 2018, l'ensemble des rémunérations qui lui ont été versées s'est élevé à 2,787 millions d'euros (montant brut), selon le rapport annuel financier 2018 contre 2,675 millions en 2017.

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