Suicide au travail : 5.000 morts par an pourraient être évités

par Syndicat CGT Le Meux  -  6 Février 2020, 23:31  -  #Notes d'information Cgt Unilever

Jean-Claude Delgènes, président-fondateur de Technologia. © Radio France - Nicolas Olivier

Jean-Claude Delgènes, président-fondateur de Technologia. © Radio France - Nicolas Olivier

A l’occasion de la 24e journée nationale de prévention du suicide, l’économiste Jean-Claude Delgènes estime qu’il faut changer la loi pour mieux protéger les salariés. Ce spécialiste de la prévention des risques au travail appelle l’Etat à mettre en oeuvre un vrai plan d’action.

Île-de-France, France

9.000 Français choisissent de se donner la mort chaque année, soit trois fois plus de victimes que les accidents de la route. Notre pays est l’un des plus touchés en Europe par le suicide. Difficile d’estimer quelle part de ces décès a une origine professionnelle, explique Jean-Claude Delgènes ce mercredi sur France Bleu Paris.

« Il n’y a pas de statistiques pour appréhender le phénomène, ce que l’on sait c’est que des progrès ont été faits en particulier pour le suicide des adolescents. En revanche la tranche d’âge de 30 à 55 ans reste très touchée par les crises suicidaires, et c’est la tranche d’âge où on travaille. »

Le président et fondateur du cabinet Technologia connaît bien le lien entre souffrance au travail et suicide, et les mécanismes de cet engrenage infernal. « Il y a plusieurs dynamiques négatives qui peuvent conduire à des passages à l’acte suicidaire. Il y a la problématique du changement permanent, illustrée par le procès France Telecom. Il y a aussi le stress chronique, et enfin l’épuisement professionnel, ce qu’on appelle le burn out est un facteur prédictif de suicide. »

La médiatisation de l’affaire France Telecom, ou plus récemment du cas de Christine Renon à Pantin (Seine-Saint-Denis) ont réussi à mettre en lumière la souffrance au travail. Mais cela ne suffit pas, estime Jean-Claude Delgènes.

Tabou

« Il y a une prise de conscience mais il faudrait modifier les sanctions pénales. Par exemple il n’est pas normal que quelqu’un qui a été convaincu de harcèlement moral puisse continuer à diriger des équipes. Je suis pour que l’on instaure des peines complémentaires et que l’on modifie la loi sur ce plan-là. « 

Toute la difficulté est que le suicide, en particulier au travail, reste un vrai tabou. « L’acte suicidaire renvoie à des problèmes de responsabilité donc les employeurs ont aussitôt peur d’être mis en cause et sont dans le déni en expliquant que la personne était fragile, qu’elle avait des problèmes personnels, etc. »

Surmortalité

Pour l’économiste, co-auteur du livre « Suicide, un cri silencieux » publié ce mercredi, des milliers de salariés pourraient être sauvés chaque année si les pouvoirs publics voulaient s’en donner les moyens. « On a une surmortalité en France par rapport aux autres pays, que j’estime à environ 5.000 personnes chaque année qui pourraient ne pas mourir si on avait développé un vrai plan d’actions. » 

Publié par anti-K

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