Derrière le discours de « solidarité » de Bruno Le Maire se cachent de gros cadeaux au patronat

par Syndicat CGT Le Meux  -  15 Avril 2020, 11:23  -  #Notes d'information Cgt Unilever

Alors que le MEDEF a posé sur la table l’augmentation du temps de travail pour rattraper la crise, Bruno Le Maire feint se préoccuper des classes populaires. Mais aucune mesure n’est prise dans ce sens, au contraire au lendemain des annonces de Macron 110 milliards d’euros ont d’ores et déjà été débloqués pour le patronat.

Derrière le discours de « solidarité » de Bruno Le Maire se cachent de gros cadeaux au patronat

Crédits photo : Capture écran BFM

Dans son discours Macron a annoncé de nombreuses mesures, dont l’évocation rapide d’une allocation en aide aux classes populaires. Cela pouvait surprendre au vu de la déclaration du MEDEF quelques jours plus tôt, qui exigeait explicitement que le temps de travail soit augmenté. Car la crise sanitaire approfondi la crise structurelle du capitalisme. Gérald Darmanin, Ministre des Finances et des Comptes publics, prévoit que le déficit public de la France passe de 7,6% à 9% du PIB et la dette va ainsi se chiffrer à 115% au courant de cette année. Bercy attend une chute de 8% du PIB alors que la crise ne fait que commencer ; à titre de comparaison, après la crise de 2008, le PIB avait reculé de 2,2%, ce qui était déjà colossal. Ce que le MEDEF a ouvertement exprimé c’est donc de faire payer la crise aux travailleurs par des mesures radicales. Derrière son discours policé au lendemain de celui de Macron, Bruno Le Maire a pris le soin de satisfaire le patronat.

La Loi Urgence Coronavirus et les dernières ordonnances que le gouvernement a fait passer ont durement attaqué le droit du travail, imposant à de nombreux secteurs la reprise du travail dans des conditions sanitaires criminelles. Ce que le MEDEF demande c’est en fait que le gouvernement aille plus loin et de manière beaucoup plus radicale. En ayant déclaré l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement a donné le droit aux patrons de décider unilatéralement des horaires de leurs employés et ainsi en abuser pour les faire travailler plus. Geoffroy Roux de Bézieux veut également rogner sur les jours fériés, sur les congés payés… peut-être veut-il faire travailler 60 heures par semaine ?

Des attaques aussi brutales ne seraient pourtant même pas acceptées par les bases réduites de l’électorat Macron, des secteurs les plus bas de la petite-bourgeoisie ou de la base populaire de la droite républicaine. Xavier Bertrand, ancien ministre de Fillon, s’y est lui-même opposé en affirmant qu’on ne peut pas faire payer l’austérité aux classes populaires. De la même manière Bruno Le Maire ne pouvait pas ouvertement affirmer un projet néolibéral aussi dur ; celui-ci a déclaré que « c’est une drôle d’idée de réfléchir comme cela. Il faut faire des efforts oui, mais des efforts de solidarité entre les entreprises. Les grandes entreprises avec les sous-traitants, celles de la grande distribution avec les producteurs locaux. Il faut un effort de justice ».

On comprend toutes les contradictions exacerbées du capitalisme que révèlent cette crise car les demandes de la bourgeoisie française à la classe politique font craindre à Macron une forte contestation sociale - à raison. Le climat est en effet à une radicalisation du type gilet-jaune qui s’étende à de larges franges de la population et notamment les travailleurs en première ligne de la crise sanitaire. Alors que le gouvernement se concentrait à satisfaire les grandes entreprises, il se hâte dorénavant d’aider les petites entreprises en difficulté pour élargir ses bases et contenir la contestation.

Gérald Darmanin a ainsi affirmé que la solution ne pouvait pas être d’augmenter les impôts, cela dans la continuité de la politique de Macron qui a soi-disant augmenté le pouvoir d’achat des Français. Pourtant ce qui n’a pas été pris sur les impôts l’a été sur les APL, la taxe carbone, les retraites, et au contraire en 2019 la pauvreté était en hausse selon l’INSEE avec plus de 9 millions de personnes en situation de précarité. C’est donc dans cette continuité que le gouvernement continuera sa politique de faire payer la crise aux travailleurs par des attaques beaucoup plus dures. Mais pour l’instant Macron cache tout cela sous de vaines et versatiles promesses d’allocations en faveur des classes populaires.

Un plan massif d’aide au patronat a été déployé sans plus attendre mais sans plus de précision sur les mesures pour les classes populaires. Bruno Le Maire assume sa position, il faut investir massivement quitte à avoir « plus de dette pour sauver les entreprises ». Ce plan s’élève à rien de moins que 110 milliards d’euros ! Et ce n’est que provisoire, ce 15 avril le Ministère de Bercy présentera la Loi de Planification Rectificative à la Commission de Finance. Elle prévoit d’élargir le fond solidarité mis en place pour les PME, celui-ci accordait à 900 000 entreprises une aide de 1500€ et il s’agira de fournir cette aide à beaucoup plus d’entreprises.

Ensuite le gouvernement se vante d’aider les travailleurs par la mesure de chômage partiel qui a été mis en place, or il n’en est rien. Le chômage partiel a été imposé à 8 millions de travailleurs qui ne touchent ainsi que 84% de leur salaire net. De surcroît 24 milliards d’euros seront déployés pour étendre cette mesure et indemniser les heures non travaillées au patron. Et enfin les charges avaient été reportées pour les entreprises en difficulté, mais dorénavant elles pourront être annulées : cela va du loyer, de l’électricité, de l’eau, des taxes, jusqu’aux cotisations sociales ! C’est donc de cette « solidarité » que Le Maire se vante. Ce n’est pas une solidarité envers les classes populaires, bien au contraire il compte détruire le système de cotisations sociales pour que les capitalistes aient moins à payer.

Il n’y a en réalité aucun « effort de justice » comme il voulait bien nous le faire croire. Au contraire dans l’interview qu’il donne à Jean Jacques Bourdin sur BFMTV Bruno Le Maire rejette la perte de chiffres d’affaires des entreprises en 2019 sur ceux qui ont véritablement lutté pour une justice sociale et fiscale pendant plus d’un dans le mouvement des Gilets Jaunes ! La justice serait de faire payer la crise qu’ils ont créé aux capitalistes : qu’ils rémunèrent intégralement les salaires de tous les travailleurs quel que soit leur situation lors de ce confinement, que le SMIC soit augmenté, qu’ils payent plus de cotisations sociales, que les licenciements soient interdits et tous les contrats précaires internalisés, que soit remis en place un impôt sur les grandes fortunes !

D’un commun aveu forcé, Macron et Le Maire ont reconnu que ceux qui travaillent aujourd’hui font tourner l’économie en leur adressant leurs hypocrites et méprisants hommages. Oui ce sont en effet les travailleurs dans les supermarchés et la distribution, dans les hôpitaux, les transports en commun, mais aussi dans les usines non essentielles comme l’aéronautique ou l’automobile, qui créent la richesse et servent les intérêts de la majeur partie de la population. Ce sera alors aux travailleurs eux-mêmes de s’organiser démocratiquement par les bases dans la lutte pour cette justice dont parle Bruno Le Maire car il est évident que le gouvernement sert les intérêts capitalistes et qu’il n’y a dans cette société qu’une justice de classe.

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

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