La réforme du chômage va aggraver l’état de santé des demandeurs d’emploi

par Syndicat CGT Le Meux  -  16 Juillet 2020, 22:18  -  #Notes d'information Cgt Unilever

La réforme du chômage va aggraver l’état de santé des demandeurs d’emploi

2020-07-15 09:47:05 Source

 

Maladies chroniques et cardiovasculaires, mal-bouffe, diabète, dépressions : le chômage n’est pas bon pour la santé. Avec le durcissement de l’accès aux indemnités, l’état de santé des plus précaires risque de se dégrader encore davantage.

Que vont devenir les centaines de milliers de personnes qui verront leurs indemnités chômages amputées si la réforme prévue par le gouvernement venait à s’appliquer en septembre prochain, alors même que se profile un nouvel afflux massif de demandeurs d’emploi à l’automne ? Et comment celles et ceux qui ne pourront prétendre à aucune indemnité vont-ils faire ? Une seule certitude : leur état de santé risque de s’aggraver. Car le chômage n’est pas bon pour la santé. Peu documenté, le sujet mérite pourtant que l’on s’y penche, il concerne en effet plusieurs millions de personnes.

 

Stress, maladies cardiovasculaires et surmortalité

 

14 000. C’est le nombre de morts directement causées par le chômage, chaque année, en France. Ce chiffre, issu de la première étude française sur la santé des chômeurs, est sorti en 2015 [1]. « On a longtemps résumé la surmortalité des chômeurs à la question des suicides, décrit le chercheur Pierre Ménéton, qui a dirigé l’étude. Cette problématique existe, bien sûr. Elle concerne plusieurs centaines de personnes chaque année, mais la surmortalité est en réalité bien plus vaste. Elle est due en premier lieu aux pathologies cardiovasculaires, plus fréquentes chez les demandeurs d’emploi. » Aux comportements addictifs – tabac et alcool – plus répandus, s’ajoutent le stress et l’angoisse dont l’étreinte s’aggrave à mesure que la durée de chômage augmente.

À cela s’ajoutent les défauts de soins. 31 % des femmes et 29,8 % des hommes à la recherche d’un emploi renoncent aux soins pour des raisons financières, contre respectivement 15 % et 11 % des personnes ayant un emploi [2]. D’autres sont terrifiés à l’idée de ne pas consacrer l’intégralité de leur temps à la recherche d’un emploi. « J’ai renoncé à une hospitalisation pour mon diabète, par peur de passer à côté d’une offre d’emploi intéressante, de ne pas pouvoir me rendre à un entretien », rapporte ainsi une femme. « Certains médecins sont compréhensifs, raconte Mélanie, interrogée lors de l’étude. Mais tous ne jouent pas le jeu. Une professionnelle m’a incitée à suivre des séances de sophrologie et à prendre des médicaments non remboursés. Tout cela à un coût… inaccessible lorsque l’on perçoit le chômage. »

 

Dépressions et mauvaise alimentation

 

Au chômage de longue durée, Mélanie confie avoir des « problèmes de sommeil et de stress qui s’accompagnent de maux de dos, de problèmes de digestion, d’angoisse et de palpitations » [3]. « Il est plus difficile de se nourrir correctement en période de chômage. On se tourne vers des enseignes à bas coût. Le coût des aliments est ma priorité et non plus la qualité de mon alimentation », témoignent des demandeurs d’emploi. « Le chômage impacte négativement les habitudes de vie, souligne Pauline Simon de l’association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), Le manque d’activité physique et les mauvaises habitudes alimentaire constituent des sur-risques pour la santé. »

Aux repas manqués, ou de mauvaise qualité, peuvent succéder des épisodes boulimiques, ou des pertes d’appétit. « Le fait d’être au chômage est particulièrement mal vécu psychologiquement, insiste Pierre Ménéton. Les personnes au chômage sont plus dépressives, elles ont davantage de troubles du sommeil. Et c’est vraiment lié au chômage, puisque l’on ne retrouve pas ces problèmes de santé parmi les retraités ou les mères au foyer par exemple, qui sont des personnes également sorties du monde du travail. » 24 % des hommes et 26 % des femmes qui ont été au chômage ont connu des épisodes dépressifs, contre 13 % et 22 % pour les personnes qui travaillent [4].

Le chômage fait aussi des victimes collatérales, au sein de la famille. Le « non-recours à la CMU par exemple peut avoir un impact sur les enfants », éclaire Pierre Ménéton. « L’angoisse diffuse des enfants a un impact sur leur avenir scolaire », rappelle Jacqueline Farache dans une étude remise au conseil économique, social et environnemental (Cese) à propos des conséquences du chômage. Mais les enfants mineurs ne sont pas les seuls concernés. Le chômage des jeunes est une source d’angoisse pour leurs parents, voire leurs grands-parents.

 

« Perdre son emploi c’est perdre son identité sociale, voire sa valeur sociale »

 

« C’est une période souvent vécue comme un traumatisme, témoigne auprès de Basta ! Jacques Baugé, médecin à la retraite et accompagnant de personnes au chômage au sein de l’association SNC. Il y a l’inconnu de l’avenir, et le fait de ne pas avoir de réponse aux diverses candidatures ou démarches que l’on entreprend. Au bout d’un certain temps, une vraie lassitude s’installe. » Jacqueline Farache relève que « la recherche d’emploi est une obligation assortie de contrôles, une norme juridique, sociale et subjective, une épreuve usante plus qu’un programme ».

« Découragée, seule et anxieuse, cette longue période sans travail n’a fait que renforcer mon manque de confiance en moi, ma culpabilité et ma déprime », illustre une demandeuse d’emploi. Si les personnes sont si touchées, c’est parce que « le travail a une fonction identitaire très importante, souligne Jacques Baugé. Sans travail, le collectif disparaît. On change de position vis-à-vis de ses enfants et de son.sa conjoint.e. Il faut meubler le temps, c’est loin d’être évident. Le confinement l’a bien montré : c’est difficile de gérer son temps quand il n’y a pas de repère. »

« Perdre son emploi c’est perdre son identité sociale, voire sa valeur sociale. Cette réalité est très prégnante en France où la population se distingue par un véritable investissement dans la valeur travail qui vient parfois supplanter d’autres dimensions de la vie. Les enquêtes d’opinion mettent en avant un attachement au travail bien plus fort en France que dans d’autres pays européens », souligne Jacqueline Farache.

 

La stigmatisation des chômeurs aggrave leur stress

 

Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas le temps libre et les loisirs qui occupent une place prépondérante dans la vie des Français.es, mais plutôt le travail. Il est mis en avant par tous les groupes sociaux, y compris par les demandeurs et demandeuses d’emploi. « Au-delà de sa fonction rémunératrice, les Français.es pensent que le travail est un vecteur d’épanouissement ou de réalisation de soi. Ils sont 78 % à l’affirmer, contre 47 % des Suédois.es, 48 % des Allemand.e.s ou 58 % des Anglais.es, cite Jacqueline Farache. En conséquence, le chômage est particulièrement mal vécu par les personnes car il porte atteinte à l’image qu’elles ont d’elles-mêmes. »

Ce surinvestissement de la valeur travail accentue l’épreuve de la stigmatisation. « Le regard de la société sur les chômeurs est très sévère, rappelle Pauline Simon. Quand on a pas de travail on s’isole et on a honte. Beaucoup de gens ne sortent plus. » Parmi les pistes avancées par celles et ceux qui accompagnent les chômeurs : une vaste campagne d’information sur les effets dévastateurs des jugements dévalorisants qui constituent « une véritable charge mentale souvent difficile à supporter pour les individus », selon le rapport du Cese.

 

La réforme qui s’annonce va entraîner des problèmes de santé massifs

 

« Quand le contexte social est favorable, avec par exemple de bonnes indemnités, on amortit les effets négatifs du chômage », remarque Pierre Ménéton, très préoccupé par la réforme annoncée, « qui ne parle absolument pas de santé, pas plus que la réforme des retraites… »  « Nous avons de grande inquiétude concernant cette réforme qui va précariser les plus fragiles, appuie Pauline Simon. Les chômeurs sont extrêmement angoissés à l’idée de voir leurs indemnités réduites. « Ils veulent qu’on se suicide », disent certains d’entre eux. » « On a vu l’activisme des pouvoirs publics sur la question du Covid-19, conclue Pierre Ménéton. Ils sont également très actifs sur la question de la sécurité routière. C’est d’ailleurs très bien. Mais pourquoi ne font-ils rien pour ces millions de chômeur dont l’état de santé est très dégradé ? » 

 

Nolwenn Weiler

 

Publié par anti-K

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