A Marseille, des petits patrons manifestent contre la fermeture des bars et restaurants

par Syndicat CGT Le Meux  -  26 Septembre 2020, 14:51  -  #Notes d'information Cgt Unilever

A Marseille, des petits patrons

 

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Plusieurs centaines de petit-patrons ont manifesté vendredi matin contre l’annonce par le gouvernement de la fermeture des bars et restaurants. Une mesure jugée injuste tant le gouvernement a laissé filer l’épidémie. Certains interpellent le gouvernement à juste titre : « Qu'Olivier Véran commence par le début : remettre du fric dans les hôpitaux ! ». Une manifestation où de nombreux élus notamment LR, premiers instigateurs de la casse de l’hôpital public, cherchent à instrumentaliser la colère.

 

A Marseille, des petits patrons manifestent contre la fermeture des bars et restaurants

Crédits photo : Nicolas TUCAT/AFP

Plusieurs centaines de petits-patrons ont manifesté ce vendredi matin devant le tribunal de commerce de Marseille, à l’appel de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), l’organisation patronale des restaurateurs de la région. Parmi les manifestants, principalement des restaurateurs et cafetiers marseillais qui protestent contre les nouvelles mesures restrictives appliquées à Marseille, annoncées par le gouvernement ce mercredi dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

Ayant été classée en “zone d’alerte maximale”, soit le dernier niveau avant l’état d’urgence sanitaire, niveau qui correspond aux zones où le taux d’incidence (le nombre de contamination pour 100 000 personnes) est supérieur à 250, le gouvernement a annoncé la fermeture des bars et restaurants à Marseille à partir de samedi, puis finalement dimanche soir, ainsi que les établissements recevant du public, à l’exception de ceux jugés capables de respecter un protocole sanitaire strict comme les théâtres ou les cinémas. Une mesure censée durer “15 jours”, et désormais « 7 jours » suite à la mobilisation.

 

Les petits commerçants, “très très en colère”

 

C’est sur fond de signaux très alarmant que ces nouvelles mesures restrictives sont annoncées par le gouvernement. Ainsi, à Marseille, le taux d’incidence est aujourd’hui de 281 cas positifs pour 100 00, et de 377/100 000 pour les personnes âgées de plus de 65 ans. Les services de réanimation accueillent de plus en plus de patients atteints du Covid, avec, selon l’ARS, 116 personnes infectées en réanimation au 24 septembre. Jeudi, toujours selon Le Monde, 40 patients restaient hospitalisés dans des services de réanimation de l’AP-HM, soit quatorze jours de plus que quinze jours auparavant. C’est dans ce contexte que le gouvernement a ordonné la fermeture des bars et restaurant pour tenter de mettre un frein à la propagation du virus dans la ville de Marseille.

Face à cette annonce, les petits-patrons expriment une colère légitime tant la stratégie du gouvernement est erratique et incompréhensibles. « Pourquoi les bars plutôt que le métro, pourquoi les restos plutôt que les facs, pourquoi les salles de sport plutôt que les théâtres ? » interroge Cecile Cornudet dans son édito. Et si le gouvernement affirme qu’il est « prouvé que les bars et restaurants sont des lieux à risque », il est quelque peu difficile d’affirmer que ces lieux seraient plus ou moins à risque que d’autres. En ce sens, parmi les lieux où se développent le plus de cluster, c’est d’abord et avant tout "l’industrie alimentaire" puis les "transports terrestres et transport par conduites" (27%), la restauration n’arrivant qu’en troisième position (20%). Plus encore, seuls 70 salariés de ce secteur auraient été exposés dans ces entreprises.

Mais c’est surtout le caractère erratique de la stratégie gouvernementale qui est à pointer. En effet, comme le pointe l’éditorialiste des Echos, depuis plusieurs semaines, le gouvernement prépare surtout les esprits à ne pas prendre les « décisions difficiles » du professeur Delfraissy pour préférer le passage de la quatorzaine à la septaine, ou pour insister la priorisation de l’économie ou encore l’allégement du protocole dans les écoles. En ce sens, cette mesure du gouvernement apparait essentiellement comme un choix arbitraire qui cherche en définitive à se couvrir quant à la progression du virus au travers une mesure forte tout en cherchant le moins possible à entraver la reprise économique.

En ce sens, cette colère des petits patrons, restaurateurs et bars est légitime tant, contrairement à la première vague, le gouvernement n’a plus « l’excuse » de la surprise, ni même ne peut s’appuyer sur les politiques austéritaires des années précédentes pour diluer sa responsabilité. Cette situation de crise sanitaire est bien la résultante de la politique du gouvernement qui, pour redémarrer au plus vite l’économie, a adopté une stratégie de circulation importante du virus comme l’expliquait Médiapart.

 

Et c’est pour quand l’argent dans les hôpitaux ? Des petits patrons interpellent Véran

 

C’est en l’occurrence ce que pointent des petits patrons quand ils interpellent le gouvernement. "Qu’Olivier Véran commence par le début : remettre du fric dans les hôpitaux !" « Ça fait six mois qu’on nous dit qu’il manque des lits, que l’hôpital ne va pas bien... il fallait anticiper », continue Noëlle au micro d’Europe 1.

Pourtant, les hôpitaux n’ont toujours pas plus de moyens, malgré une dénonciation constante depuis plusieurs années des conditions dans les hôpitaux. Un autre hospitalier de l’hôpital de la Timone, membre du collectif Inter-Urgences, témoigne ainsi : “Pour nous, la situation est beaucoup plus pénible qu’en mai. L’AP-HM me doit actuellement 700 heures de repos. Et comme nous sommes en sous-effectif chronique, je sais que je ne les prendrai pas.” Malgré cette situation, le gouvernement préfère opter pour une gestion répressive, avec des mesures restrictives, plutôt que d’investir massivement dans les hôpitaux.

En réalité, le problème se trouve dans la gestion de la crise sanitaire et économique de la part du gouvernement. Sur le plan sanitaire, le gouvernement opte pour des mesures répressives, à l’image des amendes de 135€ pour non-port du masque et des contrôles policiers permanents pendant le confinement, plutôt que d’investir massivement dans les hôpitaux. Sur le plan économique, le gouvernement a offert des milliards au patronat, alors que les petits commerçants ont été durement touchés par la crise du coronavirus, de par le confinement instauré pendant près de deux mois ainsi que les restrictions liées aux gestes barrières.

 

Les organisations patronales comme les élus LR cherchent à capter cette colère

 

Loin de ces revendications pour l’hôpital, et de toute préoccupation sanitaire, Bernard Marty, patron de l’Umih des Bouches-du-Rhône, a dénoncé dans son communiqué un “reconfinement économique” mais surtout demandé au gouvernement de « laisser le temps [aux gestes barrières] de produire leurs effets sans mettre en danger durablement l’économie et les emplois d’un territoire entier ». Une argumentation qui montre la logique derrière laquelle ce représentant de l’organisation patronale : celle de l’économie avant tout, la situation sanitaire, et la santé de la population se résoudrait elle par une hypothétique résorption « naturelle » de l’épidémie.

De même, chez la classe politique traditionnelle, on cherche à capter cette colère. Martine Vassal, présidente LR de la métropole Aix-Marseille, ainsi que Renaud Muselier, président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, ont rejoint la manifestation de ce vendredi matin, dénonçant la fermeture et cherchant à se mettre comme médiation de la colère en lien avec le gouvernement. Samia Ghali, adjointe PS à la maire de Marseille déclarait elle sur Twitter : « si cette décision est maintenue, la ville de Marseille n’apportera pas son concours pour mettre en place les fermetures ». Des déclarations qui prennent un ton des plus hypocrites, et sûrement à visée électorale pour les prochaines régionales, au vu des politiques menées par les partis LR et PS auxquels appartiennent Martine Vassal, Renaud Muselier et Samia Ghali, politiques menées les années précédant le quinquennat Macron et qui ont contribué à la casse de l’hôpital public, à l’image de la loi Hirsch sous Sarkozy.

 

Une gestion répressive de la crise pour masquer le manque de moyens criant dans la santé

 

Plus encore, alors qu’Olivier Véran affirme que ces décisions “visent à protéger les marseillais”, ces mesures restrictives s’inscrivent en réalité dans l’offensive répressive et autoritaire depuis le début de la crise sanitaire, avec pour expression la plus frappante la multiplication des violences policières dans les quartiers populaires pendant le confinement.

Comme nous l’écrivions dans un précédent article, “une fois de plus, ces nouvelles mesures visent à responsabiliser et individualiser la population face à une épidémie dont elle n’est pas responsable. La fermeture des bars s’appuie sur l’idée selon laquelle les jeunes font la fête et seraient donc responsable de la reprise de l’épidémie. Cependant, les entreprises constituent les principaux clusters de l’épidémie. Ainsi, l’État se déresponsabilise dans l’évolution de l’épidémie et ses conséquences et préfère réprimer plutôt que protéger la population avec par exemple la distribution de masques gratuits à l’ensemble des habitants ou encore la mise en place de dépistages massifs.”

En effet, alors que l’épidémie de coronavirus sévit depuis maintenant huit mois, la situation dans les hôpitaux est toujours catastrophique. Le plus grand hôpital de Marseille a ainsi été inondé avec les pluies de ces derniers jours, et les services hospitaliers risquent très rapidement d’être débordés. Mais les priorités du gouvernement sont claires : fournir de l’argent aux grandes entreprises, et laisser l’hôpital public gérer la crise avec son manque de moyens en lits de réanimation et de matériels.

 

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

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