Inteva, « un plan de délocalisation organisé

par Syndicat CGT Le Meux  -  29 Septembre 2020, 17:27  -  #Notes d'information Cgt Unilever

Les crapuleries récurrentes du capital : une situation qui justifie pleinement l'engagement dans la Marche pour l'emploi et la dignité sans rien attendre du dialogue social et de l'union européenne.

Il ne s'agit pas d'un détournement d'un dispositif législatif mis à profit mais de mesures délibérées visant à favoriser le profit et les actionnaires au détriment des travailleurs, à renforcer le capital dans sa confrontation  avec le travail :

 

 

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En redressement judiciaire depuis juin, le sous-traitant automobile est candidat à son propre rachat. Une manœuvre lui permettant de fermer son site de Saint-Dié, dans les Vosges, pour transférer la production en Roumanie.

Jeudi prochain, le tribunal de commerce d’Orléans examinera l’offre de rachat d’Inteva France par ses propres sociétaires. Dans le cadre du placement en redressement judiciaire de l’entreprise depuis le 9 juin, la direction d’Inteva a bénéficié d’un dispositif de reprise allégé. Ce mécanisme, prévu par une ordonnance du 20 mai 2020, autorise le propriétaire d’une entreprise en faillite à la racheter devant le tribunal de commerce. Si ce texte est censé favoriser la préservation de l’emploi, certaines entreprises ont su le détourner à leur profit.

« On fait face à un plan de délocalisation organisé »,estime Franck Pattin, secrétaire départemental de FO Vosges. Répartie sur trois sites de productions, Inteva emploie actuellement plus de 600 personnes en France. Mais, au lendemain de la crise sanitaire, la direction a présenté une offre qui repose sur une réduction massive des effectifs sur deux de ses sites. Le plus important d’entre eux, situé à Saint-Dié (Vosges), doit fermer, laissant 241 salariés sur le carreau. L’établissement de Sully-sur-Loire, subirait 70 destructions de postes. « Inteva propose ces suppressions, mais elle ne garantit pas non plus la pérennité des sites qui restent ouverts »,a rappelé Franck Pattin.

 

« On craint un démantèlement des autres sites français »

 

En lice pour l’emporter, l’offre de reprise formulée par Inteva distille un parfum d’aubaine pour les actionnaires. « Normalement, l’ordonnance du 20 mai préserve une partie de l’emploi et favorise la relance »,explique Denis Bréant, de la CGT métallurgie. « En l’occurrence, elle est vite devenue un outil qui sert des volontés de délocalisation. »

En théorie, le sacrifice des emplois de Saint-Dié permettrait la pérennisation d’autres activités sur les différents sites d’Inteva en France. « Sauf que la plupart des chaînes de montage ont été transférées, il y a plus d’un an, sur un site ouvert en Roumanie ! » lance Franck Pattin. « Inteva fait ce qu’elle avait prévu il y a plusieurs mois. C’est un plan de délocalisation qui n’en porte simplement pas le nom »,poursuit le délégué.

« Il y a un contournement cynique d’une loi qui devrait servir à favoriser la relance »,abonde le maire centriste de Saint-Dié, David Valence. « À terme, on craint un démantèlement des autres sites français »,prévient Denis Bréant, de la CGT métallurgie. Le délégué rappelle que des transferts d’activité ont déjà eu lieu ces dernières années à Inteva France, notamment depuis le site de Sully-sur-Loire, victime d’une délocalisation partielle de ses activités vers la République tchèque, en 2018.

À quelques jours du rendu de la décision au tribunal, certains continuent d’interroger la manière dont l’actuel propriétaire a su se positionner en favori sur l’offre de rachat, alors que des années de difficultés l’avaient mené à se déclarer en faillite, en juin dernier. « Notre sentiment est qu’Inteva a éloigné les autres repreneurs potentiels en refusant notamment de fournir certains documents économiques ! » lance Denis Bréant. Un constat partagé par plusieurs experts, qui rappellent que, dans le cadre d’une offre de reprise, les candidats concurrents n’ont pas accès au même degré d’information que le patron-repreneur, qui maintient aussi un contact direct avec ses employés.

 

Un avenir plus qu’incertain pour les employés

 


L’offre, présentée il y a deux semaines, est vécue comme le coup de grâce par les salariés de Saint-Dié, qui étaient déjà passés au travers de deux plans sociaux successifs en 2018 et 2019. « Ce qui nous marque particulièrement, c’est la brutalité de la situation, la manière de faire les choses »,regrette Jean-Bernard Didier, délégué de la CFC-CGG à Saint-Dié.

L’usine venait pourtant de retrouver un équilibre financier l’année dernière, mettant fin à des années de résultats déficitaires. « Ça nous semble particulièrement injuste, parce que nous avons produit énormément d’efforts ces derniers mois, nos prix sont désormais équivalents à ceux de notre concurrent en Roumanie »,explique le délégué CGT du site Inteva de Saint-Dié, Olivier Piaia.

Une sentence d’autant plus rude pour les salariés concernés par les précédents plans sociaux du sous-traitant automobile. « Ils ne recevront pas d’indemnités supra-légales »,explique Denis Bréant. « Comment peut-on laisser une entreprise bénéficier d’aides de l’État sans obtenir des contreparties liées à l’emploi ? » s’insurge le responsable syndical. « Pour les employés, les indemnités servent souvent à financer de la formation. On a, par exemple, une salariée qui voudrait reprendre ses études d’infirmière. Sans ces indemnités, ce sera impossible. »

L’avenir est d’autant plus incertain pour les employés que le bassin de Saint-Dié affiche un des taux de chômage les plus élevés de la région. « Il y a 241 salariés en tout. Dans un bassin déjà dévasté par le chômage, ça va être dur »,confie David Valence.

À plusieurs jours du jugement, les syndicats continuent en tout cas à dénoncer l’utilisation malveillante de l’ordonnance du 20 mai. « Nous nous sommes officiellement prononcés en faveur du retrait pur et simple de cette ordonnance »,annonce Franck Pattin.

par  Lukas Beauvière

 

Publié par FSC

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