Répression

par Syndicat CGT Le Meux  -  19 Novembre 2020, 18:13  -  #Notes d'information Cgt Unilever

Des soignants menacés de

 

sanction disciplinaire en cas de

 

« non-respect des gestes

 

barrières »

 

Dans un mail de la direction du Centre Hospitalier de Pau on apprend que dorénavant, le non-respect des gestes barrières est passible de sanction disciplinaire. Alors que les soignants continuent de dénoncer le manque de moyens humains et matériels, les directions jouent ainsi la carte répressive. Une pratique qui ne semble pas se limiter à cet établissement.

 

Répression

Crédits photo : AFP

Il y a quelques jours, un mail de la direction du Centre Hospitalier de Pau a été révélé sur les réseaux sociaux, avant d’être relayé par différents syndicats de la santé. Ayant pour objet le respect des mesures barrières, le comité de pilotage covid de l’hôpital commence par y expliquer que : « malgré les efforts collectifs et individuels et les rappels réguliers sur la nécessité de respecter les gestes barrières, il est constaté qu’elles ne sont toujours pas suffisamment appliquées par tous les professionnels […]. Nous continuons de constater que des équipes, pour la majorité ou pour parties, sont infectées par la covid-19 », pointant ainsi une prétendue responsabilité des soignants dans leur propre infection. Surtout, après la culpabilisation individuelle, la direction n’hésite pas à passer aux menaces. « Les informations relatives à cette exigence ayant été largement diffusées, le non-respect des gestes barrières, qui pouvait hier relever de la simple erreur, devient désormais une faute professionnelle. » conclue en effet la direction.

 

Alors que les hôpitaux sont toujours sous tension face à la deuxième vague, cette nouvelle déclaration indécente a déclenché la colère des soignants. Sur Facebook le Collectif Inter-Urgences Nouvelle Aquitaine a ainsi dénoncé le courrier expliquant : « Alors que les soignants étaient érigés en héros au printemps dernier, à l’approche de l’hiver de lourdes sanctions pèsent au dessus de leurs têtes. Les soignants deviennent responsables des contaminations et de la circulation du virus aux sein des établissements ! (…) Un mépris de plus alors qu’on impose aux agents de revenir sur leurs jours de repos ou de congés annuels. » De fait, alors que l’occupation des lits en réanimation Covid a largement franchi la barre des 70% au Centre Hospitalier de Pau et que les soignants sont les premiers à payer le prix de cette dynamique, ceux qui tiennent à bout de bras l’hôpital public se retrouvent menacés.

Surtout, cette annonce d’une direction venant mettre la pression sur un personnel hospitalier à bout de souffle n’est pas un fait isolé. C’est une véritable logique de pression et de menace qui s’exerce sur les travailleurs de l’hôpital à l’échelle nationale, tous services confondus, pour pallier le manque de moyens. Ainsi une représentante syndicale de la CGT blanchisserie témoigne pour Révolution Permanente : « Plusieurs fois, on m’a dit de mettre mon masque alors que j’étais seule dans le service. J’ai reçu un courrier de ma RH, qui notifie tous les moments où mes chefs m’ont vue sans le masque, et qui me menace d’un conseil de discipline si je récidive. Lors de la première vague on a dû travailler sans masque parce qu’ils nous disaient que ça ne servait à rien ou alors qu’il n’y avait pas assez de stock et aujourd’hui on est menacés de conseil de discipline si on ne porte pas notre masque alors même qu’on est seuls ! ».

Dans un autre hôpital de la région Nouvelle-Aquitaine, des lettres de menaces de répression similaires à celle révélée à l’hôpital de Pau ont été envoyées aux personnels. « Des audits menés par l’établissement mettent en évidence ce non-respect. (…) Face à la gravité de la situation, il est exigé que chacun respecte strictement les consignes. Les informations relatives à cette exigence ayant été largement diffusées, le non-respect des gestes barrières, qui pouvait hier relever de la simple erreur, pourra désormais faire l’objet d’une procédure disciplinaire. » note cette fois le mail, qui reprend quasiment terme à terme le mail du centre hospitalier de Pau, laissant deviner une politique régionale voire nationale.

 

Alors que les soignants sont au front, c’est ainsi une véritable logique de flicage et de répression qui s’abat sur les travailleurs de la première ligne, en manque de moyens pour exercer correctement leur métier. A l’heure où la crise de l’hôpital public est plus que jamais révélée aux yeux de tous, le choix ou l’acceptation, par les directions d’hôpitaux, de cette répression pour sanctionner les personnels exténués par la deuxième vague est un véritable scandale. Il rappelle l’urgence pour les travailleurs de s’organiser pour s’opposer à cette répression et imposer des moyens à la hauteur..

 

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

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