SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPCI

SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPCI

Syndicat CGT Unilever HPCI France

Publié le par Syndicat CGT Le Meux

La direction de Bridgestone France et les sections syndicales de l’entreprise ont conclu un accord pour fermer l’usine et mettre à la porte 863 salariés contre des indemnités de départ de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Une somme importante mais rien à côté des difficultés pour retrouver un emploi et de l’impact pour des centaines de familles. Nos vies ne sont pas à marchander, refusons tous les licenciements !

Non, la fermeture de Bridgestone avec indemnités n’est pas une victoire !

Crédit photo : AFP

Des indemnités de plusieurs dizaines de milliers d’arrêt pour faire passer la pilule des 863 licenciements

Depuis plusieurs mois, la direction de l’usine Bridgestone, numéro un mondial du pneu et fort d’un chiffre d’affaires de 27 milliards l’année dernière, a annoncé la fermeture du site de Béthune, après avoir touché plus de deux millions d’euros d’aides publiques ces dernières années, notamment de CICE. Ce jeudi 21 janvier 2021, l’intersyndicale (CGT, Sud Chimie, Unsa, CFTC, CFE-CGC) annonçait en grande pompe la signature d’un accord complet avec la direction du site, validant la suppression de 863 postes, mais obtenant en contre-partie des indemnités supra-légales importantes, qui viennent s’ajouter au minimum légal. « Nous sommes très satisfaits, je n’ai pas l’habitude de me réjouir mais en 22 ans de droit, je n’ai jamais vu de telles primes supra-légales » a annoncé Stéphane Ducrocq, l’avocat de l’intersyndicale, interviewé par La voix du Nord.

Chaque salarié touchera une somme minimum de 46 500 euros brut, plus 2500 euros par année d’ancienneté, ce à quoi il faut ajouter l’indemnité de départ légale, soit un quart de mois de salaire par année de présence dans l’entreprise. La direction avance une moyenne de 106.000 euros par salarié (ceux qui ont beaucoup d’ancienneté dans l’usine tirant cette moyenne vers le haut, ce chiffre est à prendre avec des pincettes), une somme qui peut paraître impressionnante à côté de la tendance aux indemnités insultantes proposées par les boîtes qui licencient actuellement dans tout le pays, en général de l’ordre de quelques milliers d’euros : l’indemnité légale à Bridgestone pour 20 ans de boîte se serait élevée à 17.000 euros. Toujours pour La Voix du Nord, Stéphane Ducrocq salue également les garanties obtenues et félicite la stratégie des syndicats : « « On n’a pas envoyé les salariés manifester dehors mais à l’intérieur, les syndicats se sont battus comme des lions pour arracher ces primes. On est sur des niveaux jamais atteints en termes de supralégale, et sans brûler un seul pneu ! »

La direction du site n’a également pas tardé à exprimer sa satisfaction, revendiquant un « dialogue social continu et constructif, qui permet de poser les bases d’un PSE exemplaire. Le dispositif de départs anticipés en place depuis octobre a par ailleurs permis de valider le projet de plus de 196 salariés, dont 52 bénéficieront d’un contrat à durée indéterminée (CDI) ». 52 CDI pour 863 licenciements... Il faut vraiment la mauvaise foi et l’avarice d’un grand capitaliste pour pouvoir annoncer un carnage social avec l’aplomb d’une bonne nouvelle pour les ouvriers !

Se réjouir du PSE et des accords, vraiment ?

L’enthousiasme affiché de concert par l’intersyndicale, par le patronat, mais aussi par Xavier Bertrand, président de la région Hauts de France interrogé par La Voix du Nord, a de quoi surprendre. On voit clairement dans le discours du politicien de droite qui est le réel grand gagnant de la signature de ces accords : « C’est une première étape pour les salariés. Maintenant, il y a une seconde étape qui est de leur retrouver un emploi. Vous allez dire que je suis exigeant. Mais on se bat pour eux. Bridgestone doit et peut verser une indemnité supralégale. S’il ne le faisait pas, on pouvait refuser le PSE. Ce n’est pas une entreprise qui ne gagne pas un rond (…). Il ne faut pas oublier que les salariés ont des crédits sur le dos, qu’ils doivent rebondir et y voir clair. Sauf que pour rebondir et y voir clair, il faut un nouvel emploi. Sur le site ou ailleurs ».

Derrière le discours d’un politicien qui tente de se poser en défenseur de l’emploi local qui s’exprime dans les médias, et rêve d’une présidentielle, on voit poindre le nez de l’ancien ministre du Travail de Sarkozy, grand défenseur de l’impunité patronale et de la propriété privée qui donne le droit de jeter 863 salariés et de jouer avec la vie de leurs familles. Xavier Bertrand le dit clairement : la supra-légale est le moyen de faire passer le PSE ! Le Nord est une des régions les plus touchés par les plans de licenciements et autres PSE, comme le montre le site Stoplicenciement. Une région déjà ravagée par les fermetures de site et le chômage. Qu’est-ce que pèsent quelques dizaines de milliers d’euros (évidemment une somme colossale pour n’importe qui à court terme) face à la perte d’un CDI avec de l’ancienneté, pour se retrouver à galérer peut-être plusieurs mois ou années pour trouver un nouvel emploi avec des conditions de travail moindres, voire carrément précaires ? Face à la perspective de devoir déménager (quand c’est possible), de changer de vie, d’abandonner ses relations sociales pour trouver juste un boulot pour survivre ?

En effet, comme l’affirmait un militant Solidaires « une usine qui ferme c’est jamais bien bon, parce que ça va entraîner des pertes d’emploi, ça va entraîner, par un tsunami de fermetures d’autres emplois, ça va fermer peut-être des commerces, des services publics, c’est une suite sans fin. Des régions comme le Nord vont être sacrifiées pour des profits, pour le fric. » Jean-Luc Ruckebush, délégué CGT, rappelait d’ailleurs dans La Depêche à propos de Bridgestone : “Ça fait 5000 familles qui vont être impactées ». Mais le patronat et les avocats qui viennent chercher un trophée pour leur CV s’intéressent au nombre de pneus brûlés et sont rassurés quand il n’y en a pas eu !

Si les syndicats se félicitent d’avoir obtenu la préretraite pour 100 salariés, des indemnités de licenciement, et la possibilité de se former pendant 24 mois, l’ampleur du désastre social ne permet pas d’y voir une victoire. Effectivement, si les salariés partent aujourd’hui avec un certain pécule financier, ces indemnités permettent de vivre quelques années dessus mais sont un filet bien fragile face à un chômage de longue durée. Pour ces familles, tout projet d’avenir est compromis, et une grosse dépense imprévue peut mettre à mal cet équilibre précaire. Dans une région minée par les PSE et les plans de licenciements, rien ne garantit que les salariés plus âgés retrouvent facilement du travail. Les quelques 200 millions d’euros mis sur la table par Bridgestone pour pouvoir fermer son usine, en se payant le luxe grâce à une intersyndicale docile de ne pas avoir eu à subir de grève ou d’occupation d’usine, ce sont les miettes des profits qu’ils se sont faits sur le dos des salariés et de l’argent public extorqué aux collectivités locales trop heureuses de pouvoir faire des cadeaux aux patrons pour « l’emploi »... Bridgestone est arrivé à ses fins, en déboursant un peu de son argent de poche. Mais en définitive ce sont les salariés et la population des alentours qui va payer l’addition !

Quel dialogue social avoir avec les voleurs à la tête de Bridgestone qui décident de l’avenir de centaines de familles ouvrières ?

Le 12 novembre dernier, Martinez, secrétaire général de la CGT, était invité dans la matinale de France 2. Interrogé sur les sujets d’actualité, il affirmait le besoin de « dialoguer socialement avec Macron et d’être associé aux décisions ». C’est alors le développement classique du discours des directions syndicales qui tendent, dans une période où s’accumulent partout les PSE, à se présenter en partenaires de dialogue du gouvernement. Le mutisme des directions syndicales pour apporter des plans de bataille concrets aux salariés qui font face à des APC (Accords de Performance Collective) et aux PSE conduit à suivre la voie du dialogue social. Alors que le gouvernement et le patronat, qui craignent des luttes incontrôlables contre les licenciements, veulent les canaliser et les pacifier dans des rounds de négociations, les directions syndicales, les dites « réformistes » comme les « contestataires » reprennent religieusement ce besoin de dialoguer avec ceux qui brisent des vies. Comme déclarait le délégué CGT de l’entreprise : « Nous y avons cru, raison pour laquelle le site est resté admirablement calme pendant deux mois, le gouvernement nous a apporté un projet, on l’a mis sur la table, on l’a regardé, on était prêt à l’accepter, il y avait des solutions cela tenait la route et Bridgestone l’ont balayé en cinq minutes. »

Il faut comprendre jusqu’au bout le poids de la politique menée par l’intersyndicale à Bridgestone et en ce sens revenir plus en arrière dans le conflit. Un conflit où elles n’auront jamais cessé de tout faire pour éviter la grève et la mobilisation, le justifiant à la fois par le but de ne pas faire peur à des repreneurs potentiels, qui ne sont jamais arrivés, ou encore dans le but de faire appel aux pouvoirs politiques, affirmant dans un communiqué de l’intersyndicale : « Face au refus cynique de Bridgestone, nous attendons un soutien sans faille des pouvoirs publics pour appuyer nos revendications et permettre la mise en place d’un plan social ambitieux donnant aux salariés le temps et les moyens de retrouver un emploi et d’être indemnisés à la hauteur du préjudice subi ». D’emblée, l’intersyndicale reconnaissait aux patrons de Bridgestone le droit de fermer l’usine et de mettre tout le monde sur le carreau.

Pourtant, derrière les piteuses déclarations à la fois du gouvernement mais aussi de Xavier Bertrand qui comparait le 12 novembre dernier sur BFM TV les bons PSE : « Michelin est un exemple à suivre, quand ils ont fermé des usines, ils ont fait le maximum pour qu’il puisse y avoir de nouvelles activités » et un mauvais PSE à Bridgestone : « Depuis le début ils se comportent mal, mais il n’est jamais trop tard pour se refaire et faire bien », le massacre de l’emploi était bel et bien prévisible. En décidant de mettre le sort des travailleurs entre les mains des pouvoirs publics qui arrosent les patrons d’aides et dans le dialogue social avec le patron, les syndicats de l’entreprise et les directions confédérales ont condamné 863 emplois.

Face à la crise économique, pas un licenciement, pas un euro de baisse de salaire n’est acceptable !

Après avoir tenté de négocier avec l’État et les patrons pour éviter la fermeture de l’usine, en ne poussant jamais à la résistance et à la grève, par cette politique de collaboration de classe, de deal avec le patronat, il ne restait plus à l’intersyndicale qu’à gratter les plus grosses miettes possibles. Mais ce ne sont jamais les salariés qui gagnent à ce jeu-là. Aussi hautes soient ces indemnités, elles ne sont que des miettes face à la perte d’un emploi, face à un chômage de haute durée, elles sont aussi un signe désastreux à l’heure où partout les PSE se multiplient et où partout les capitalistes veulent faire payer la crise aux travailleurs en se remplissant encore un peu plus les poches.

Le dialogue social est un piège que l’État veut favoriser pour enfermer la colère dans la légalité au service des patrons. Un piège qu’il faut absolument refuser, commencer à discuter avec eux pour savoir quand et comment le faire revient à accepter que les salariés sont responsables et doivent payer. C’est pourtant le chemin qui a été emprunté par les directions syndicales à Bridgestone. En imposant aux travailleurs le refus de la lutte mais aussi en limitant les revendications à des indemnités de départ, elles ont à la fois enfermé les travailleurs dans un calendrier de la direction, mais elles n’ont également jamais poussé à la solidarité avec les autres entreprises menacées de licenciement ou de fermeture. En effet, la lutte pour des indemnités cloisonne le conflit au strict périmètre géographique d’un site ou d’une usine, empêchant la jonction entre des travailleurs qui se battent partout contre les mêmes plans d’attaques patronales.

En ce sens, la réponse de travailleurs de Grandpuits doit inspirer les salariés mis dos au mur par leurs patrons, elle présente une première réponse d’une résistance ouvrière, par l’auto-organisation. Contre le dialogue social, c’est cette stratégie qu’il convient d’adopter à l’heure où Bridgestone montre une nouvelle fois que les négociations desservent les travailleurs. Face à la stratégie des directions syndicales, le danger du chômage et de la précarité guette. Pour éviter une telle situation, il est aujourd’hui central de défendre l’interdiction des licenciements, empêcher toute baisse de salaires, et d’exprimer une solidarité à la hauteur envers les grèves existantes.

Il est également urgent de construire la coordination entre les travailleurs qui subissent des attaques patronales, à travers le modèle de la grève reconductible et de l’auto-organisation. A l’inverse d’une politique du gouvernement et des capitalistes qui consistent à faire payer la crise aux travailleurs, il faut construire une véritable unité de la classe ouvrière, de la jeunesse et des secteurs populaires organisées en assemblées décisionnaires sur leurs luttes et autour de quelques revendications de base qui peuvent être partagées du Nord au Sud, de Cargill à Airbus, d’Est en Ouest, de SKF Avallon à Beneteau. Il faut lutter partout contre les licenciements et imposer leur interdiction, refuser tout chantage à l’emploi concernant les baisses de salaire. Les dates du 23 janvier et du 4 février peuvent être des points d’appui pour une telle lutte. Une lutte qui agirait à la fois pour les emplois menacés mais aussi pour tous les emplois induits, pour tous les commerces, pour toutes les familles qui dépendent directement ou indirectement de l’activité. Après avoir engrangé les profits pendant tant d’années, c’est aux capitalistes de payer !

 

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

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