SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPCI

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Syndicat CGT Unilever HPCI France

Publié le par Syndicat CGT Le Meux
USA. Vers un premier syndicat chez Amazon : les travailleurs d’Alabama montrent l’exemple

Alors que Jeff Bezos a vu sa fortune augmenter de près de 70 milliards en 2020, profitant de la pandémie actuelle, les salariés de Bessemer dans l’Alabama sont sur le point de réaliser du jamais vu dans l'histoire de l'entreprise : obtenir la création d'un syndicat.

JEFF BEZOS EN PANIQUE

Photo : AP

David contre Goliath. 5800 salariés du Fullfillment Center à Bessemer, en Alabama s’opposent aujourd’hui à l’homme le plus riche du monde et avec lui la plus grande entreprise de logistique et transports de marchandises qui ait jamais existé, l’Amazon de Jeff Bezos. Ce mardi 30 mars, commençait le début du dépouillement du vote interne à l’entreprise qui devrait permettre la fondation officielle et la légalisation d’un syndicat au sein d’Amazon. Du jamais vu pour l’entreprise dans laquelle une section du RWDSU (Un syndicat du commerce très présent en Alabama) devrait se former bientôt pour les 5800 salariés d’Amazon à Bessemer.

Amazon, géant de l’exploitation à l’ère néolibérale

Pour comprendre l’ampleur de l’effort mené actuellement par les travailleurs d’Amazon Alabama dans une entreprise qui regroupe plus de 1.2 millions de salariés, il faut rappeler ce que représente ce géant mondial du commerce en ligne. Cette gigantesque machine logistique et de distribution de marchandises à échelle internationale synthétise au plus haut point la méthode de fragmentation salariale du néolibéralisme et avec son corolaire direct pour les travailleurs : des conditions de travail parmi les pires des États-Unis.

Ces salariés composent une véritable armée, de techniciens et de livreurs qui répondent à une machine de contrats courts et de “travailleurs indépendants”. Comme l’explique l’analyste en affaires Scott Galloway, Amazon s’est construite sur la plus grande infrastructure logistique de l’histoire tout en ne payant que 3% d’impôts à l’État Fédéral Américain. Cependant, la majeure partie du bénéfice et sa capacité à extorquer une plus-value exceptionnelle du travail salarié, s’explique avant tout par les conditions de travail et les salaires extrêmement bas imposés aux travailleurs.

Le secret d’Amazon réside dans le perfectionnement et l’utilisation des technologies et de la robotisation pour imposer un rythme absolument dévastateur à ses salariés. L’objectif étant d’extraire la dernière goutte de sueur de ses salariés pour générer de la plus-value. En utilisant la méthode de la Lean Production Amazon parvient à maintenir un nombre de salariés relativement faible en comparaison à leur quantité de travail. Un développement qui n’est possible que par des méthodes patronales abjectes et de surveillance quasi policière. Des méthodes qui vont jusqu’à vérifier le temps d’utilisation des toilettes par les salariés, ou encore à utiliser des capteurs de mouvements qui observent la productivité des salariés. Le tout sous menace de licenciement, et surtout, avec une politique de répression syndicale rondement menée.

La firme dépense en effet des millions dans des cabinets d’avocats spécialisés dans la répression syndicale. Ces méthodes ont même fait l’objet de dénonciations par des salariés d’Amazon qui expliquaient devoir uriner dans des bouteilles pendant leur service pour ne pas perdre en productivité et éviter un licenciement.

Cette méthode d’exploitation de la force de travail n’est rendue possible que grâce aux politiques néolibérales et de répression syndicale historiques menées successivement par les Républicains et les Démocrates aux États-Unis. Une méthode qui s’est d’ailleurs généralisée dans les entreprises depuis la crise de 2008 et qui permet à ces dernières d’obtenir des profits gigantesques sur le dos de leurs salariés. A ce titre, Bezos est avant tout un super exploiteur qui aura dû recruter 50% de salariés de plus pendant le Covid pour ajouter près de 70 milliards de dollars supplémentaires à sa richesse personnelle.

Black Lives Matter, de la rue à l’entreprise

Cela fait plusieurs mois qu’Amazon connaît des soubresauts et des batailles dans de nombreux dépôts, aux États-Unis comme dans le reste du monde. Après plusieurs grèves en Italie puis plus récemment en Allemagne le géant du commerce de détail voit d’un très mauvais œil la possible syndicalisation de ses salariés. Et pour sûr, ce sont près de 5800 salariés prêts à se syndiquer dans une ville composée de seulement 27 000 habitants et dont 79% d’entre eux sont afro-américains. Afin d’obtenir la constitution de’une section syndicale RWDSU, les travailleurs d’Amazon Alabama doivent obtenir à partir de ce mardi (et ce sur plusieurs jours de scrutin) une officialisation et une légalisation de leur syndicat par le biais d’un vote interne de près de 3000 employés.

L’expérience du dernier mouvement Black Lives Matter contre les violences policières et le racisme de l’été 2020 s’étend aujourd’hui dans les entreprises Amazon. On avait déjà vu des expressions de solidarité ouvrière se développer en soutien au mouvement antiraciste, notamment celle faite par les chauffeurs de bus de San Francisco qui refusaient de servir de transport à la police pour les manifestants arrêtés l’été dernier. Autant de démonstrations qui, malgré l’accalmie temporaire qu’a obtenue le parti démocrate avec l’élection de Joe Biden et de Kamala Harris, ont permis à ce mouvement de toucher les entreprises. En effet, la crise du coronavirus a joué un véritable rôle déclencheur dans la conscience qu’ont eu les travailleurs d’Amazon d’être en première ligne du fonctionnement de la société. Très conscient de cette situation, le discours anti-ouvrier d’Amazon s’accompagnait également d’un discours raciste qui avait été jusqu’au licenciement du militant et travailleur Chriss Smalls à New York et de ses collègues pour avoir tenté l’organisation d’une grève.

La concentration de milliers de travailleurs, ainsi que l’ampleur du mouvement BLM chez les salariés de l’entreprises, à majorité des travailleurs racisés et des femmes, ont préparé le terrain à la possibilité de cette lutte exemplaire des salariés d’Amazon Alabama. Après la fin du mouvement en août dernier, les salariés ont commencé leur rapprochement avec RWDSU afin d’intégrer un syndicat qui représente à échelle nationale plus de 100 000 salariés.

Amazon en panique : mille et une méthodes pour empêcher la syndicalisation

Dans cette bataille, Amazon qui a ouvert son dépôt en Alabama l’année dernière, doit maintenant user de ses moyens quasiment illimités dans sa lutte contre le processus de syndicalisation. Étant donné le mode de fonctionnement syndical américain, il faut aux salariés une majorité de vote “Oui” pour que leur affiliation au syndicat soit effective et la possibilité d’en ouvrir une section au sein de l’entreprise. Ceci aurait pour conséquence d’ouvrir la voie à ce que tous les dépôts du pays puissent construire leur propre section syndicale et de s’affilier au RDWSU. Un véritable mouvement de panique pour les patrons d’Amazon qui ont fait appel à une ribambelle d’avocats, de conseillers et d’entreprises sous-traitantes spécialisées pour effectuer la campagne du « Non » à la formation de la section interne à Amazon [https://truthout.org/articles/amazon-is-paying-consultants-nearly-10000-a-day-to-obstruct-union-drive/].

Depuis plusieurs semaines, et en attendant la fin du scrutin, de nombreux salariés ont signalé l’utilisations de SMS massifs par l’entreprises pour dissuader au vote, la proposition de chèques de démission à de très nombreux salariés, allant même jusqu’à créer de faux comptes Amazon [https://twitter.com/timjsully/status/1376636484867006466?s=19] voire la création d’un site [https://www.doitwithoutdues.com/] appelant à voter « Non ».

Une panique qui témoigne de la fragilité du géant face à la possibilité pour ces salariés de l’Alabama de se syndiquer, mais aussi de sa peur d’une extension de cet exemple à échelle nationale dans d’autres dépôts. La possibilité qu’auraient les salariés d’Amazon de se syndiquer aurait pour conséquence un potentiel tournant contre le patronat américain et le gouvernement Biden qui pourrait se retrouver devant une véritable vague de travailleurs prenant confiance afin de s’organiser, depuis la base, et contre les bureaucraties syndicales et les décisionnaires démocrates.

Tout le pays s’intéresse aujourd’hui à l’effort syndical des salariés d’Amazon. Ces travailleurs noirs pourraient aider à inspirer une nouvelle vague de syndicalisation comme l’ont fait les noirs tout au long de l’histoire des États-Unis. Comme le rappelait récemment Julia Wallace, militante révolutionnaire au sein du groupe Left Voice aux États-Unis : « Que se passerait-il si à chaque fois que la police nous assassine, nous décidions de ne plus travailler ? Nous sommes ceux qui dirigeons la société. Il est essentiel pour le futur syndicat d’Amazon, et pour tous les syndicats qui agissent dans l’intérêt de tous les travailleurs qu’ils luttent non seulement pour leurs propres membres mais aussi contre toutes les oppressions ».

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

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