SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPCI

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Syndicat CGT Unilever HPCI France

Publié le par Syndicat CGT Le Meux

Ce n’est pas la hausse des salaires des travailleurs qui est à l’origine de l’inflation galopante, mais les profits des entreprises.

Source : Jacobin Mag, Grace Blakeley
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Les politiciens et les technocrates appartenant à tout l’éventail politique du Royaume-Uni se sont permis de réprimander les travailleurs qui réclamaient des augmentations de salaire afin de suivre l’inflation. (Images Money / Flickr)

 

 

Ces appels à la modération salariale étaient déjà intolérables lorsqu’ils émanaient du directeur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, qui gagne plus d’un demi-million de livres par an. Aujourd’hui, Boris Johnson – dont on sait qu’il trouve si difficile de survivre avec un salaire de Premier ministre de 190 000 euros par an qu’il a dû demander à un donateur conservateur de lui acheter de nouveaux rideaux – est entré dans la danse.

Johnson a mis en garde contre une « spirale salaires-prix » si les travailleurs ne modèrent pas leurs exigences salariales – comme l’ont fait plusieurs députés conservateurs et même travaillistes. Des politiciens bien payés qui ont voté à plusieurs reprises pour augmenter leurs propres salaires tout en maintenant ceux des infirmières et des enseignants à un bas niveau, disent maintenant au reste du pays de ne pas demander d’augmentation de salaire. Le spectacle pourrait être drôle s’il n’était pas aussi élitiste.

Le Parti conservateur n’a pas semblé avoir de problème quand il s’agissait de distribuer des milliards de livres en prêts et subventions aux mega – entreprises qui avaient besoin de soutien pendant la pandémie. Et ce, après plusieurs années de bénéfices élevés pour les plus grandes entreprises du Royaume-Uni, en partie grâce aux réductions drastiques de l’impôt sur les sociétés introduites par George Osborne.

Dans le même temps, au cours de la décennie qui a suivi la crise financière, le travailleur moyen au Royaume-Uni n’a pas reçu d’augmentations de salaire dignes de ce nom, laissant le Royaume-Uni avec l’une des plus faibles performances en matière de croissance des salaires au sein de tous les pays de l’OCDE. Aujourd’hui, avec la hausse des coûts de la vie, des millions de familles se retrouvent dans l’incapacité de chauffer leur maison.

Les taux de syndicalisation ayant baissé presque chaque année depuis la fin des années 1970 (avec un redressement notable ces dernières années), les travailleurs de la plupart des secteurs ne sont tout simplement pas en mesure d’exiger des salaires plus élevés. Ceux qui sont davantage syndiqués – notamment dans le secteur public – continuent de limiter leurs exigences à des augmentations de salaire correspondant à l’inflation. C’est une autre façon de dire qu’ils tentent de se protéger contre les réductions de salaire.

Les statistiques montrent très clairement que la crise du coût de la vie n’est pas provoquée par les travailleurs qui réclament des salaires plus élevés. La combinaison de la guerre en Ukraine et des perturbations des chaînes d’approvisionnement qui ont eu lieu pendant le grand confinement sont les principaux facteurs expliquant la hausse des prix. Comme je l’ai soutenu dans La Tribune la semaine dernière, la crise du transport maritime mondial est un facteur particulièrement important quand on veut expliquer pourquoi les prix ont tant augmenté au cours des dernières années.

Mais le problème ne réside pas seulement dans les changements macroéconomiques qui échappent à notre contrôle – il s’agit aussi des profits réalisés par les grandes entreprises en réponse à l’environnement inflationniste.

Les niveaux de concentration du marché n’ont cessé d’augmenter au Royaume-Uni ces dernières années, et les secteurs monopolistiques et oligopolistiques ont connu des hausses de prix plus importantes pendant la pandémie que les secteurs plus compétitifs. Ces sociétés se servent de l’augmentation des prix à l’échelle de l’économie comme d’une excuse pour augmenter leurs prix dans une proportion bien supérieure à l’augmentation de leurs coûts. En d’autres termes, une grande partie de la hausse des prix est due à l’augmentation des bénéfices et non à celle des salaires.

Toujours et partout l’inflation est un phénomène politique – il s’agit de savoir qui paie. Le gouvernement actuel veut faire payer aux travailleurs la crise du coût de la vie, tout comme il leur a fait payer la pandémie et la crise financière qui l’a précédée.

L’approche impitoyable du gouvernement face à la crise du coût de la vie est précisément la raison pour laquelle il est si important que les travailleurs se syndiquent. Les travailleurs ne peuvent pas compter sur les patrons pour leur accorder des augmentations de salaire « équitables » par intérêt personnel éclairé, ni sur le gouvernement pour soutenir la reprise. Ils doivent exiger le salaire qu’ils méritent en étant en position de force.

La réaction tant du parti travailliste que du parti conservateur aux récentes grèves ferroviaires montre très clairement à quel point les politiciens se sentent menacés par les travailleurs qui osent s’organiser pour défendre leurs intérêts. Dans les secteurs largement syndiqués, les patrons ne peuvent tout simplement pas transférer les coûts de la hausse des prix sur le personnel faiblement rémunéré – ils doivent négocier avec les gens qu’ils tentent d’exploiter.

Ce gouvernement – et la plupart des politiciens de l’opposition – aimerait bien que les travailleurs s’assoient et se taisent devant la chute des salaires réels. Mais ils ont une autre option : ils peuvent aussi s’organiser.

Contributeurs :

Grace Blakeley est rédactrice à La Tribune et l’auteur de Stolen : How to Save the World from Financialisation [Spoliés : comment sauver le monde de la financiarisation, NdT].

Source : Jacobin Mag, Grace Blakeley, 18-06-2022

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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