SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPCI

SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPCI

Syndicat CGT Unilever HPCI France

Publié le par Syndicat CGT Le Meux
Publié dans : #Notes d'information Cgt Unilever
Impôts de production : un cadeau de 20 milliards aux entreprises

Alternatives économiques, 31 août 2020

 

Mesure emblématique du plan de relance, la baisse de 20 milliards d’euros des impôts de production est une concession conséquente aux entreprises qui n’a rien à voir avec la pandémie.

C’est la mesure phare, si ce n’est en contenu du moins en termes de coût budgétaire, du plan de relance dont le détail sera annoncé le 3 septembre par le gouvernement : une baisse de 20 milliards d’euros étalée sur deux ans des impôts de production.

Ces derniers consistent en une somme hétéroclite de taxes pesant sur les entreprises qui reçoivent ce cadeau au nom de la nécessité de renforcer leur compétitivité et de l’incitation à investir en France. De fausses raisons qui cachent un pur choix idéologique libéral, que le gouvernement pourrait faire payer par l’Europe.

Quels sont les problèmes ?

Les impôts de production représentent un agrégat de prélèvements très différents dont la particularité est de peser sur le processus de production, avant même de savoir si celui-ci sera rentable ou non pour l’entreprise (contrairement à l’IS, l’impôt sur les sociétés, qui porte sur les bénéfices). Ces taxes font l’objet depuis longtemps d’une attaque en règle du patronat. Pour quelles raisons ?

Elles posent trois grands problèmes aux entreprises. D’abord, la France est le pays dans lequel ils sont quasiment les plus élevés en Europe (derrière la Grèce) équivalents à environ 3,5 % du PIB en 2019. D’où les cris d’orfraie des représentants du patronat.

Ensuite, nous sommes le seul pays à intégrer dans ces impôts de production une taxe sur le chiffre d’affaires avec la C3S (voir encadré). Ce qui provoque un « effet cascade » : le fabricant de roues de vélo la paie sur son chiffre d’affaires, avant de les vendre au fabricant de cadres qui la paie sur son chiffre d’affaires, avant que le vendeur de vélo ne la paie également sur son chiffre d’affaires !

Enfin, un impôt sur la valeur ajoutée comme la CVAE apparaît comme très inégalitaire. Comme le soulignent les experts du Conseil d’analyse économique (CAE) dans une note publiée à l’été 2019, parmi les 10 % d’entreprises qui ont la plus forte valeur ajoutée, un quart a un taux de CVAE inférieur à 0,7 % et un quart un taux supérieur à 1,4 %. L’industrie est, dans ce cadre, plus touchée que les services.

Le faux argument du gouvernement

Ces différentes caractéristiques de plusieurs impôts de production justifiaient donc d’ouvrir un débat sur plusieurs d’entre eux. Le gouvernement a préféré de ne pas faire de détails et tailler à la hache : 20 milliards de baisse étalée sur deux ans.

Ce faisant, il s’inscrit, dans cette partie du plan de relance, dans une pure logique libérale, sans lien avec la pandémie, au service du clan le plus anti-impôt parmi les représentants patronaux. Et sans assumer sa position, préférant dissimuler son choix derrière l’argumentation fallacieuse selon laquelle ces baisses sont bonnes pour la compétitivité et encourage la relocalisation d’activités en France.

On ne trouve aucune trace d’études empiriques qui montrent un lien entre CVAE et compétitivité

Un argument qui se révèle, pour le moins, sans grande justification. Si les experts du CAE mobilisent des enchaînements théoriques censés montrer combien la CVAE (voir encadré pour la définition), destinée à être supprimée, peut être défavorable à la compétitivité, on ne trouve aucune trace d’études empiriques qui viendraient justifier ce point de vue (des études empiriques sont citées sur l’impact négatif de la C3S sur les exportations mais le gouvernement ne touche pas à la C3S…).

Si l’on prend les « impôts sur les biens et services » publiés par l’OCDE, dont on retire les recettes de TVA, on se retrouve avec un agrégat un peu supérieur à la définition des impôts de production mais à peu près dans les mêmes ordres de grandeur. Et si l’on met en face de ces impôts l’indice de compétitivité des pays tel qu’il est calculé par le World Economic Forum, on ne trouve pas de lien clair entre les deux variables.

Certes, on trouve des pays, comme la Grèce, alliant impôts de production élevés et faible compétitivité, et d’autres, comme le Japon et la Suisse, aux caractéristiques inverses. Mais aussi des pays comme le Mexique dans lesquels ces impôts sont faibles sans qu’ils soient pour autant compétitifs. Les Pays-Bas, le Danemark et la Finlande affichent un niveau de taxes plus élevé que la France et sont pourtant plus compétitifs. A l’inverse, de nombreux pays ont des niveaux d’imposition plus faibles que chez nous et sont pourtant moins compétitifs.

Finalement, ces résultats confirment ce que l’on savait déjà : le niveau de fiscalité n’est pas le déterminant principal de la compétitivité et des choix de localisation des entreprises. Et, impôts de production ou pas, la France attire déjà de nombreux investisseurs étrangers.

Une politique qui pose de nombreux problèmes

Non seulement les arguments du gouvernement sont spécieux, mais son choix de tailler dans les impôts de production pose plusieurs problèmes importants.

D’abord, l’impact de ces taxes est largement surévalué par le patronat et le gouvernement. Certes, la France est en tête pour le niveau de ces prélèvements, mais elle l’est également pour celui des subventions à la production (sur les salaires et la main-d’œuvre, pour inciter à réduire la pollution, etc.). Ce qui se passe sur les impôts de production est à l’image du débat général sur l’importance des prélèvements obligatoires : si la France taxe beaucoup, c’est pour redistribuer ensuite beaucoup aussi.

Par ailleurs, comme n’ont pas manqué de le souligner les ONG écologistes, la baisse généralisée des impôts de production entre en contradiction avec l’objectif écologique affiché par le gouvernement. Aucune condition environnementale n’est attachée à cette baisse, une aubaine pour les entreprises polluantes.

La baisse généralisée des impôts de production représente une aubaine pour les entreprises polluantes

On en a la confirmation lorsque l’on tente de mesurer les gains que vont faire les différents secteurs de l’économie du fait de la suppression partielle de ce type de taxes. Dans une note publiée début juillet 2020, les experts du Conseil d’analyse économique montrent ainsi que les trois premiers secteurs les plus favorisés par une suppression du triptyque CVAE-CFE-C3S sont, dans l’ordre : la production d’électricité et de gaz, les industries extractives et la finance !

Non seulement l’aspect anti-écologique est évident, mais justifier la suppression de ces taxes par la nécessité d’encourager la compétitivité de l’industrie apparaît erroné. Certes, l’industrie manufacturière arrive tout de suite derrière, mais au même titre que le commerce, un secteur abrité de la concurrence internationale.

Autre problème : cette baisse des recettes fiscales n’est compensée par aucune autre ressource. Bien entendu, une partie de la baisse se finance elle-même. Toutes choses égales par ailleurs, supprimer des impôts de production augmente les bénéfices, taxés par l’IS. Mais une partie seulement. Lorsque les économistes du CAE réclament la suppression de la C3S, ils proposent de remplacer cette perte de recettes pour la Sécurité sociale par une diminution des réductions de cotisations dont bénéficient les entreprises pour leurs hauts salaires dans le cadre du CICE.

Même l’Institut Montaigne, think tank patronal qui plaide pour la baisse des impôts de production, propose de compenser le manque à gagner en augmentant la TVA et en réduisant les subventions aux entreprises. Rien de tout cela du côté du gouvernement qui applique une recette libérale bien connue : réduire les recettes pour creuser les déficits et pouvoir réclamer ensuite des coupes drastiques dans les dépenses.

Et le gouvernement n’hésite pas à creuser le déficit budgétaire de 20 milliards car, en ce moment, c’est l’Europe qui paie ! La Banque centrale européenne (BCE) finance les déficits des Etats en rachetant massivement leurs dettes et le gouvernement arrivera peut-être à justifier qu’une partie des 40 milliards provenant du plan de relance européen financé par la dette commune pourrait être utilisée. Bref, le gouvernement s’est dit que faire payer ce surcroît de déficit non lié à la pandémie par la banque centrale, voire par les autres pays, en tout cas par l’Europe, serait une bonne idée !

Quel que soit l’angle retenu, celui du poids de ces taxes, de la compétitivité, de l’écologie ou du budget, rien ne vient justifier le choix du gouvernement. Qui, sous couvert de la pandémie, impose une orientation purement libérale aux finances publiques. Un mauvais choix.

Les impôts de production : c’est quoi ?

 

Il n’existe pas de source directe qui permette d’établir le montant des impôts de production payés par les entreprises. L’Insee fournit des statistiques détaillées mais le périmètre couvert concerne tous les acteurs économiques, incluant par exemple des taxes payées par les administrations publiques, les hôpitaux et certaines par les ménages. A partir des documents de l’Insee, on peut estimer que les entreprises françaises ont payé 85,5 milliards d’impôts de production en 2019.

On peut, grossièrement, les regrouper en trois grands blocs. Il y a des taxes portants sur la main-d’œuvre parmi lesquelles on trouve des choses aussi différentes que le versement transport que les entreprises octroient à leurs salariés, une taxe sur les salaires, le forfait social (un paiement pour des sommes, comme l’intéressement et la participation, sur lesquelles il n’y pas de cotisations sociales), des contributions pour financer l’apprentissage, etc.

Le deuxième grand bloc concerne le bâti, c’est l’équivalent de la taxe foncière pour les entreprises (15,8 milliards). On peut y ajouter également la taxe sur les surfaces commerciales, sur le foncier non bâti, sur la création de bureaux en Ile-de-France, etc., ainsi que la CFE, la cotisation foncière des entreprises, l’équivalent de leur taxe d’habitation (7,1 milliards de recettes).

Enfin, reste un dernier groupe regroupant des impôts aux assiettes très hétérogènes. Mais c’est le groupe le plus intéressant politiquement car c’est dans ce dernier regroupement que se trouvent les cibles visées par le gouvernement. Passons rapidement sur les cas particuliers comme l’Ifer, l’impôt forfaitaire sur les entreprises de réseaux que paient les producteurs d’énergie, les entreprises de transport ferroviaire et les celles des télécoms, ou bien comme la contribution au fonds de résolution bancaire, ce que l’Etat demande aux banques de mettre chaque année dans un pot commun dans lequel on pourra puiser pour aider les établissements en cas de prochaine crise financière.

Reste alors deux prélèvements importants. La CVAE, la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, dont l’assiette porte sur la valeur ajoutée mais dont le taux, progressif entre 0 et 1,5 %, dépend du chiffre d’affaires de l’entreprise. Elle a rapporté 15,2 milliards en 2019. Et la C3S, la contribution sociale de solidarité des sociétés, qui porte sur le chiffre d’affaires (3,9 milliards de recettes).

Un ensemble hétéroclite qui sert à financer les collectivités locales, elles reçoivent environ les deux tiers du produit de ces taxes, un quart va dans les caisses de la sécurité sociale, le reste allant à l’Etat.

CHRISTIAN CHAVAGNEUX

Publié par anti-K

Voir les commentaires

Publié le par Syndicat CGT Le Meux
Publié dans : #Notes d'information Cgt Unilever
Biocoop tente de briser le mouvement
 
de grève : les salariés répondent !

 

Depuis le 9 juillet, les travailleurs de Biocoop - Le Retour À La Terre, sont entrés en grève suite à la mise en vente des magasins. La direction tente de leur imposer le travail le dimanche mais les travailleurs se mobilisent pour défendre leurs conditions de travail et obtenir une revalorisation des salaires. Suite à l'importante médiatisation de leur grève, Biocoop National dénonce une « instrumentalisation de difficultés » qui ne seraient présentes que dans deux magasins en France. Les salariés d'autres magasins Biocoop lui répondent !

L'hypocrisie de l'économie sociale et solidaires

Face à l’ampleur que prend la mobilisation des travailleurs des magasins Biocoop- Le retour à la terre, la direction nationale de Biocoop tente d’éviter une contagion du mouvement à d’autres magasins. Soucieuse de son image de marque, elle va jusqu’à envoyer un communiqué aux 650 gérants de magasins pour isoler le conflit aux 2 magasins de sa franchise « Le Retour à la terre » et dénonce une « instrumentalisation » de la part des grévistes.

 

Pourtant, ce n’est pas la première grève au sein du réseau. De plus en plus de salariés de Bioccop dénoncent leurs conditions de travail sur les réseaux sociaux et manifestent leurs envies d’élargir la grève notamment à l’occasion de la journée interprofessionnelle du jeudi 17 septembre.

Des travailleurs de la Biocoop Montgallet (75012), de la Biocoop Coquelicot (Strasbourg) et de la Biocoop Mougins (Alpes-Maritimes) ont souhaité témoigner pour raconter l’envers du décor.

1) Vos magasins étaient ouverts pendant le confinement, tu peux nous raconter comment les salariés ont vécu la période ? Quelles ont été les conséquences sur vos conditions de travail ?

Un salarié de la Biocoop Montgallet (75012) : « J’ai travaillé comme un galérien au sec pendant le confinement, à ne prendre aucune pause pendant bien un mois pour avancer au maximum pour les collègues de l’après-midi. Donc ce fut très dur et il n’y avait pas de gérant à l’horizon. Le tout pour 500 euros de prime et sans un merci. Il y avait trois énormes palettes par jour et jusqu’à quinze (maximum et le record) à plus de 15000€ de marchandise. De mon côté j’ai fait peu d’heures supplémentaires car justement je bossais comme un dingue avec une cadence de dingue sans pause pour ne pas finir tard. On recevait les injonctions du gérant mais il n’est pas venu de toute la période covid. Ainsi il a empoché le gros lot sans soulever un carton.
On a tous subi de la surcharge de travail, un stress amplifié, et il y avait un besoin de rendement plus grand, absence d’empathie et aucun remerciement, prime dérisoire au vu du travail fourni, répétitions des réassorts comme à l’usine ou en grande distribution... Accompagnés de remarques toujours négatives du gérant, aucun encouragement.
Il y avait une collègue en caisse toute la matinée et l’après-midi en rayon jusqu’au soir. Elle finissait par faire des semaines de 40h, c’était très dur, très intensif et très stressant. »

Une salariée de la Biocoop Mougins : « Les collègues étaient sans arrêt surveillés, certains étaient épuisés par le remplissage des rayons et les commandes car les caddies n’étaient pas limités. Une employée a dû se mettre en arrêt-maladie. Un autre a reçu un avertissement parce qu’il n’avait pas contrôlé le cabas d’un client (pratique courante dans notre magasin). Une employée a été atteinte du COVID, la direction lui a dit de ne surtout pas le dire aux autres. Moi, on m’a reproché mon absence pour garde d’enfant ».

Une salariée de la Biocoop Coquelicot de Strasbourg : « Personnellement j’étais en poste depuis peu quand le confinement a débuté, les conditions de travail que je trouvais déjà plus que moyennes ont été encore plus difficiles : en effet dans mon rayon sec, l’effectif est passé du jour au lendemain de 1 employé + 5 stagiaires à seulement 1 employé, et en même temps le chiffre d’affaires a été multiplié certains jours par 4. Inutile de préciser que tous les salariés ont fait le maximum sachant cette période transitoire, donc on a fait plus d’heures pendant la journée, on est venus plus tôt ou parfois jusqu’à 23h pour remplir les rayons vidés par les clients. L’hygiène étant déjà déplorable dans le magasin il est évident que les règles les plus élémentaires ont eu du mal à être enclenchées (filtrage/nettoyage/mise à disposition de masque/ de plexi pour les caisses...). Les 2 personnes qui ont réclamés des moyens ont été de suite critiquée par la direction puis évincées (fin de période d’essai et licenciement) ».

Lucía de la Biocoop Coquelicot de Strasbourg : « Je suis arrivée à la Biocoop Coquelicot avec des étoiles plein les yeux, l’univers me correspondait à merveille. C’était ma première expérience mais malgré mon ignorance et naïveté je me suis petit à petit rendu compte de certaines choses qui clochaient, qui n’étaient pas normales. Pour être un magasin qui prônait les valeurs sociales, les dimanches majorés à 10% et les jours fériés rattrapés et jamais majorés titillaient ma conscience.

Tout tournait autour de l’accueil client tel un Starbucks, les salariés n’étaient clairement pas la priorité. Mais le déclencheur fut la crise du Covid 19. Clairement en sous-effectifs, la charge physique et morale multiplié par 4, on a dû se confronter à un renforcement de la pression provenant de la direction : 4 avertissements pour cause de retards, 2 licenciements abusifs (dont un par faute grave), 3 arrêts de période d’essai, 2 démissions par dépit et une médiation professionnelle non acceptée. J’étais perdue, je me sentais très seule et déstabilisée.

2) Depuis plus de dix ans, Biocoop connaît un véritable remaniement avec de plus en plus de porteurs de projets directement issus de la grande distribution (Carrefour, Intermarchés). Les structures réellement coopératives semblent désormais minoritaires et les magasins ont l’air de fonctionner comme n’importe quelle autre enseigne de la grande distribution. Cela se ressent-il dans vos magasins ?

Un salarié de la Biocoop Montgallet : « Malheureusement l’esprit coopératif originel a été perverti.
Certes les décisions sont prises de manière collégiales dans les AG Biocoop, mais du fait des structures "d’indépendant" qui marche comme des franchises, chaque gérant agit comme un seigneur sur ses serfs. Les gérants sont bien souvent de petits potentats ! J’ai essayé plusieurs fois de voir si l’herbe était plus verte dans d’autres Biocoop qui s’ouvraient que ce soit à Paris ou province et j’ai constaté que beaucoup de patrons venaient de la grande distribution et comptaient mettre en place un management qui va de pair avec leur expérience ! Seuls les scoops permettent de garantir une égalité et équité de traitement entre salariés. »

Une salariée de la Biocoop Mougins : « C’est totalement cela, on m’a reproché de ne pas être assez "productive" car je ne remplis pas assez vite les rayons, que je parle à mes collègues et mon facing est, je cite : "dégueulasse". Ce sont les promos qui sont mises en avant, les packagings et les nouveautés. Les produits locaux et les producteurs servent uniquement de faire valoir. L’éthique mise en avant par l’enseigne Biocoop, le respect de l’environnement, des producteurs, des modes de production, sont utilisés à des fins commerciales point ».

Une salariée de la Biocoop Coquelicot de Strasbourg : « Ce qui est sûr c’est que j’ai intégré un magasin Biocoop en pensant y trouver une éthique et que les méthodes de management que j’ai constatées sont ce qu’il y a de pire et ce que j’ai fui en quittant un grand groupe : harcèlement, humiliation, mise à l’écart du groupe, mensonge. Toutes les méthodes sont bonnes pour faire craquer les éléments indésirables (est considéré comme indésirable une personne qui souhaite du gel hydroalcoolique en caisse ou un RDV à la médecine du travail) ».

3) Biocoop a une image de marque plutôt progressiste aux yeux de la population, notamment pour son coté écolo. Pourtant, comme le démontre vos propos, c’est loin d’être l’idéal au niveau des conditions de travail. Pour vous, il y a une certaine hypocrisie dans le discours marketing de l’entreprise ?

Un salarié de la Biocoop Montgallet : « Absolument ! Biocoop utilise à fond le green-washing à coup de campagne de communication pour redorer le blason. Pour ma part ça fait quasi 10 ans que je suis dans mon magasin et j’ai dû voir à peu près 150 personnes passer. Le turnover est important tant la tâche est pénible mais aussi la pression que l’on a. Et puis parlons salaire... On a le SMIC+10 %, donc au bout de 10 ans j’émarge toujours à 1300€ avec l’augmentation annuelle du SMIC, 4 ans sans prime... J’ai connu un temps où le siège de Biocoop était à St François-Xavier non loin des Invalides dans un hôtel particulier du 18e siècle avec boiseries. C’est beau pour l’image...
Maintenant ils sont du côté de Iéna dans un immense immeuble moderne plein de marbre, chic. Ce n’est pas très raccord avec l’image éthique que revendique l’enseigne ».

Une salariée de la Biocoop Mougins : « Bien sûr. On ne peut pas mettre en avant les valeurs de respect, de bien-être, de bienveillance, de protection, de coopération et s’adresser à un employé sans lui accorder la moindre considération. Dans mon magasin, la direction n’hésite pas à dire de "dégager" à ses employés, de dire ; "baisse la tête quand j’arrive", à ne pas les soutenir quand ils se sentent agressés par un client ou encore à donner des avertissements sans le moindre fondement mais uniquement pour asseoir leur autorité. »

Une salariée de la Biocoop Coquelicot de Strasbourg : « Je crois que si les clients avaient une idée de ce qui se passe, de l’envers du décor ils ne viendraient tout simplement plus. Les employés sont des jeunes qui n’ont aucune connaissance du droit du travail et c’est bien normal donc aucune règle n’est respectée, les gérants n’ont visiblement aucunes compétences non plus en terme de législation et surtout ne sont pas suivis par Biocoop donc on se retrouve dans des situations où ils font ce qu’ils veulent tant que ça passe. Et ça passe car les salariés sont contents de pouvoir récupérer les fruits et les légumes pourris en plus des produits périmés et donc acceptent des conditions de travail affligeantes ».

4) La grève à Biocoop - Le Retour à la Terre a mis en lumière les difficultés des salariés de l’enseigne. Aujourd’hui, Biocoop National parle d’instrumentalisation de difficultés qui n’existeraient que dans 2 magasins parisiens. Qu’en pensez-vous et comment avez-vous interprété leur grève ?

Un salarié de la Biocoop Montgallet : « Ce mouvement est très important pour tous les salariés de l’enseigne que l’on muselle du fait de "l’indépendance" des magasins vis à vis du siège ! C’est une aubaine pour tous de montrer que nous sommes la force du réseau. Nous sommes de nombreux magasins en France à soutenir leur mouvement et nous devons nous unir à leur combat. Il est scandaleux et pathétique de voir l’attitude de Biocoop National quant à l’issue de ce mouvement. On voit bien le mépris et le peu d’égard qu’ils ont des salariés au sein du réseau. Ils souhaitent éviter la contagion d’un mouvement social national en tuant le fœtus dans l’oeuf. Nous devons être solidaires et unis face à leur politique de grande distribution ».

Une salariée de la Biocoop Mougins : « C’est une très bonne initiative ! Malheureusement, la première réaction de Biocoop, c’est de faire taire les employés ; surtout ne rien dire car selon eux, nos revendications sont soit personnelles ou ne concernent qu’un magasin isolé. Et bien non, les conditions sociales de certains employés Biocoop ne sont pas satisfaisantes ; pression morale, impossibilité à négocier un départ dans de bonnes conditions, absence de dialogue, manque de considération, gestion du personnel sans équité et dans mon magasin pas de CE, pas de syndicat, ce qui permet à la direction de continuer en toute impunité ».

Une salariée de la Biocoop Coquelicot de Strasbourg : « Biocoop fait ce que les gérants font au niveau local : en cas de problème, on isole on rejette plutôt que se poser et de prendre ses responsabilités. C’est affligeant et déloyal, je comprends la colère des salariés. Faire grève est le seul moyen existant pour pouvoir parler aux clients et visiblement c’est malheureusement le seul moyen qui marche puisqu’à Strasbourg, l’idée qu’un tract circule et qu’une grève ait lieu a permis comme par magie d’avoir la prime Covid annoncée depuis des mois mais suspendue, des chaussures de sécurité, des rdvs à la médecine du travail, des rectificatifs au niveau des erreurs sur les salaires ».

Lucía de la Biocoop Coquelicot de Strasbourg : « Après m’être syndiquée j’ai essayé de mobiliser l’équipe pour défendre nos droits. Ce fut un travail long et ardu mais en août 2020, les choses commencent à changer. Comment ? La direction fut avertie d’un possible tractage si nos revendications n’étaient pas prises en compte. A ce jour les employés ont reçu leurs fiches de poste, un rendez-vous avec la médecine du travail, des chaussures de sécurité et la prime, autant méritée que défendue. Mais la lutte ne s’arrête pas ici, on s’est rendu compte tout le long que la cible de nos revendications n’était pas seulement notre magasin mais l’ensemble du réseau. Malheureusement, une politique libérale qui prône le profit au détriment de ses employés s’est emprise de ce réseau pourtant pionnier dans le respect des valeurs éthiques entourant la production, distribution et commercialisation des produits bio. Une pétition pour la révision de la charte de la Biocoop et la réélection de la présidence devrait être lancée. On fait tous partie du même combat, du salarié smicard au petit producteur. Laissez-nous y participer. »

Venez soutenir les grévistes de Biocoop – Le Retour à la Terre le dimanche 6 septembre au 114 avenue Philippe Auguste (75011) à 10h contre la première ouverture le dimanche !

 

Vous pouvez également soutenir la mobilisation en donnant à leur caisse de grève :
https://www.papayoux-solidarite.com/fr/collecte/le-retour-a-la-greve

 

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

 

Voir les commentaires

Publié le par Syndicat CGT Le Meux
Publié dans : #Notes d'information Cgt Unilever

"Rouvrir le débat" sur le temps de travail et la réforme des retraites. Voilà le programme du président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux pour maintenir les profits du patronat sur le dos des salariés en pleine crise économique. A rebours des aspirations patronales, il s'agit de partager le temps de travail et interdire les licenciements pour endiguer la récession et stopper l'austérité.

Le Medef réitère sa volonté d’en finir avec les 35H à son université d’été

C’était un des point centraux à aborder pour Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. "Je pense qu’il faudra rouvrir le débat" sur la question du temps de travail. Il avait déjà fait l’objet d’une forte critique pendant le confinement lorsqu’il osait annoncer que la baisse d’activité allait nécessiter des efforts de la part des travailleurs pour relancer l’économie.

Les Plans de casse de l’emploi et des conditions de travails que le Medef tente de justifier par l’urgence de sauver l’économie dans l’intérêt de tous se font surtout dans l’intérêt du patronat lui-même.Pour le Medef, il s’agit clairement de licencier massivement, comme c’est le cas à Renault, Airbus, ou encore dans le prêt à porter, tout en augmentant la charge de travail pour les salariés qui conservent leur poste.

Il s’agit donc d’une part de faire payer le coût de la crise aux travailleurs en les licenciant et les renvoyant à un avenir de grande précarité, et d’une autre en dégradant leurs conditions de travail en augmentant les cadences et le temps de travail.

A rebours de l’idée qu’une telle politique endiguerait la crise économique, elle entraînerait au contraire une hausse du taux de chômage, notamment chez les jeunes générations qui entrent sur le marché déjà fortement frappées par les premiers mois de la récession.

Une stratégie que ne soutiendrait pas le gouvernement, à en croire les dernières déclarations d’Elisabeth Borne. Mais difficile d’oublier que c’est ce même gouvernement qui souhaite réhabiliter la réforme des retraites, et qu’une partie des ministres actuels ont été au coeur de l’élaboration de cette dernière.
Dans le même sens, il n’aura échappé à personne que c’est encore ce même gouvernement qui n’a cessé de faire des cadeaux au patronat depuis l’émergence de la crise économique. Aides d’Etat faramineuses, mise en place d’
APC pour dégrader les conditions de travail et masquer les licenciements, baisse des impôts de production, régime d’exception pendant cinq mois pour différer les faillites : autant de mesures que l’exécutif a pris en concertation avec le patronat pour maintenir ses profits en même temps qu’avaient lieu des vagues de licenciement sans précédent. En parallèle ne cessent d’être coupées les dépenses de l’Etat à l’hôpital, l’école, et dans tous les services publics

A l’instar des conditions de travail effroyables dans les hôpitaux, il n’y a aucune illusion à se faire sur les intentions prétendues de la part de l’exécutif à maintenir l’emploi : seule l’assurance des profits compte, peu importe ce que les travailleurs devront endurer. Aussi contre ces licenciements et devant un chômage colossal, le partage du temps de travail, l’interdiction des licenciements et la hausse des salaires sont la seule solution tant pour faire face à la crise sanitaire qu’à la crise économique. Une revendication qui nécessite cependant un plan de bataille à la hauteur des enjeux, à rebours de la politique de concertation et de grève carrée des directions syndicales qui, en répondant présente à tous les rendez-vous du gouvernement, participent activement à la dégradation des conditions de travail.

 

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

Voir les commentaires

Publié le par Syndicat CGT Le Meux
Publié dans : #Notes d'information Cgt Unilever

Près de six mois après l'explosion de la crise sanitaire, la rentrée s'annonce particulièrement mouvementée. La récession et la seconde vague épidémique qui se profilent imposent de militer pour un plan d'urgence à la hauteur de la gravité de la situation. Contre l'austérité imposée aux salariés, il est nécessaire d'exiger l'interdiction des licenciements et des contrats courts et précaires, le partage du temps de travail, et l'augmentation des salaires pour toutes et tous.

Pour faire face à la catastrophe sociale, interdiction des licenciements et partage du temps de travail !

« Limiter la casse et espérer que l’orage passe ». A la veille du mois de septembre, l’incertitude et la tension sont à leur maximum. Pour le jeune gouvernement remanié il y a à peine deux mois et déjà sous le feu des critiques, c’est une rentrée à très haut risque.

C’est Jean Castex, Monsieur déconfinement, qui a tenté le premier d’entrer dans la crise de manière optimiste. Espérant publiquement qu’il « n’y ait pas de quoi s’affoler », il fait toutefois sa rentrée avec une chute de 7 points dans les sondages de confiance en même temps que la courbe épidémique est officiellement déclarée « exponentielle ».

Mais en parallèle de la crise sanitaire qui vaut déjà à l’exécutif de multiples critiques sur la gestion des masques et des tests, c’est surtout la crise économique qui guette le sommet de l’Etat. Après avoir artificiellement maintenu à flot les entreprises par un régime d’exception, c’est une vague de licenciements et de faillites qui se profile en septembre. Déjà, les ménages enregistrent au dernier trimestre la plus haute baisse de revenus depuis 1949, alors que la France entre dans une récession record à échelle des puissances occidentales de 12,5%, bien devant l’Allemagne (-6,8%), les Etats-Unis (-5,7%) ou encore le Japon (-5,4%).

Et si le patronat tente de voir le verre à moitié plein en organisant le camp d’été annuel du Medef sous le mot d’ordre de « Renaissance », se disant « beaucoup plus confiants aujourd’hui qu’à la sortie du confinement » grâce aux cadeaux incessants du gouvernement, la crise sociale latente est cependant dans tous les esprits.

De fait, la première vague n’a laissé personne indifférent. La frayeur du patronat face au « changement d’attitude extrêmement brutal des salariés » et la méfiance croissante de la population devenue « experte affûtée à vitesse grand V » en matière sanitaire risqueraient bien de revenir au galop.
Si pour l’heure, aucune réponse d’ampleur ne se dessine face aux licenciements d’ampleurs, faute notamment à l’atonie des directions syndicales qui maintiennent l’espérance d’un retour au « dialogue sociale », deux dates sont cependant plantées dans le décor les 12 septembre à l’appel des Gilets jaunes ou encore le 17 septembre à l’appel notamment de la CGT.

Des premières réponses qui seront suivies de près par les hautes sphères politiques, dans une situation éruptive où un rien pourrait mettre le feu aux poudres. En effet, près de deux ans après le mouvement des Gilets jaunes, la colère est encore là et les acquis de la grève de décembre dernier associés à l’attaque sans précédent contre l’emploi et les salaires pourraient bien constituer un cocktail explosif.

« C’est parti pour une saison 2 ? » se demande Le Parisien. Jérome Rodriguez, figure des Gilets jaunes et à l’initiative du 12 septembre, rétorque que « la braise est bien chaude ». Tout est possible, mais encore faut-il être en mesure d’imposer nos propres revendications contre celles du patronat. Face aux aspirations du Medef de remettre sur la table augmentation de la durée de travail et réforme des retraites, il est impératif d’y opposer l’interdiction des licenciements et le partage du temps de travail, ainsi que l’abolition des contrats précaires qui plongent la jeunesse dans la précarité. En s’appuyant sur les expériences de la classe ouvrière ces derniers mois dans les secteurs de la santé, l’aéronautique ou encore la grande distribution, un tel programme d’urgence est la condition sine qua none pour avancer dans le sens d’une contestation sociale d’ensemble, alliant les préoccupations économiques, démocratiques et politiques que portent les Gilets jaunes, les travailleurs et le mouvement anti-raciste.

 

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

Voir les commentaires

<< < 10

Visiteurs

470490

 

Se syndiquer CGT ?

Certains diront « à être défendu », d’autres « à lutter tous ensemble ». En fait, les deux idées sont inséparables. Le syndicat sert à s’unir, à s’organiser et à agir collectivement pour se défendre dans la lutte des classes et conquérir de nouveaux droits.
Le syndicat d’entreprise est la base du syndicalisme, car situé au plus près du salarié. Il fonctionne avec les syndiqués qui proposent, orientent et décident de l’activité.

Articles récents

Hébergé par Overblog