
C’est inédit : le prix du gazole est passé au-dessus de celui de l’essence dans 20 % des stations-service de l’Hexagone. Le résultat d’années de hausse des taxes sur le diesel pour répondre au problème de la pollution aux poussières fines dont le carburant est responsable. Ce n’est que le début puisque le gouvernement a prévu d’autres augmentations des taxes pour faire converger totalement les deux courbes. François Carlier, délégué général de l’association Consommation, logement, cadre de vie (CLCV) demande qu’elles soient gelées.
Le prix du gazole qui s’envole jusqu’à dépasser le prix de l’essence, ça vous choque ?
FRANÇOIS CARLIER. Le fait que le diesel augmente, sous l’effet du rattrapage imposé par la hausse des taxes, n’est pas choquant en termes de santé publique. Qu’essence et gazole aient le même prix, c’est même dans l’ordre des choses. Le problème, c’est que la hausse très forte de la fiscalité intervient au moment où le prix du baril de pétrole flambe ! Le cumul entre la hausse des taxes et l’envolée du baril depuis 18 mois devient du matraquage contre le pouvoir d’achat des Français.
Quel est l’impact pour les ménages ?
Nous avons calculé que la facture énergétique totale, chauffage compris, était en moyenne de 3 500 – 4 000 euros en 2017, elle sera cette année d’environ 5 000 euros, soit presque un salaire de plus ! Les plus touchés sont les ruraux et ceux qui vivent à la périphérie des villes ; ils ont souvent deux voitures, dont au moins un diesel, et se chauffent au fioul ! L’ensemble des taxes sur les énergies fossiles rapportent à l’État 23 milliards d’euros, autant dire une méga cagnotte. Et dans le même temps, l’État ne reverse que quatre milliards d’euros d’aide aux ménages en difficulté, c’est dérisoire car beaucoup peinent à payer leur facture chauffage.
Envisagez-vous des actions ?
Depuis plusieurs mois, déjà, nous alertons Matignon, l’Élysée, les députés sur les conséquences dramatiques que cette flambée des prix fait peser sur les ménages. D’autant plus que le Projet de loi de finances, actuellement en débat à l’Assemblée, prévoit pour 2019 une nouvelle hausse des taxes de 3 centimes pour l’essence et 6 centimes pour le gazole. Nous avons demandé que cette mesure soit suspendue, mais le gouvernement qui cherche par tous les moyens à équilibrer les comptes n’y semble pas prêt.
