175 000 travailleurs mobilisés dans l’automobile allemande : la colère monte face aux licenciements
175 000 travailleurs de l’automobile allemande se sont mobilisés le 21 septembre contre les licenciements et les attaques patronales. Alors que les constructeurs veulent faire payer la crise aux salariés, la colère monte dans les usines et la revendication de la grève gagne du terrain.
Lundi 21 septembre, le plus grand syndicat allemand, IG Metall, appelait à une journée de mobilisation contre les licenciements dans l’industrie automobile : 175 000 travailleurs, notamment de Volkswagen, de Mercedes ou encore de Porsche, se sont mobilisés contre les licenciements massifs dans le secteur, envoyant un message au patronat à l’approche des négociations d’accords de branche qui auront lieu le 7 octobre prochain.
Des négociations qui vont se dérouler dans un contexte particulièrement tendu, puisqu’en pleine crise de l’automobile allemande, le patronat compte bien utiliser la menace des fermetures d’usines pour continuer à dégrader les conditions de travail et de rémunération. Par l’intermédiaire de son syndicat Gesamtmetall, le patronat a déjà annoncé la couleur : suppression des primes de Noël et de vacances et passage aux 40h payées 35h !
Face à ces attaques, ce sont plus de 175 000 salariés de l’industrie automobile qui se sont mobilisés ce 21 septembre, devant près de 280 sites de production de VW, BMW, Porsche ou encore Mercedes.
À Stuttgart, 20 000 travailleurs et travailleuses se sont réunis devant une usine Mercedes où la colère était particulièrement grande après les déclarations d’Ola Källenius, PDG du groupe. Il y a quelques jours, ce dernier a posé un ultimatum aux salariés : sans baisse des coûts salariaux, le groupe menace de fermer deux usines. « 40 heures pour nous - des millions pour vous ? Pas avec nous ! » pouvait-on lire sur une banderole lors du rassemblement, durant lequel la direction a été longuement sifflée et huée.
Parmi les nombreuses prises de parole, celle du délégué syndical IG Metall de l’usine d’Untertürkheim a été particulièrement applaudie : « Les patrons veulent nous faire croire qu’on serait des partenaires sociaux, eux et nous. La vérité, c’est que ce ne sont rien d’autre que des adversaires sociaux. La seule chose qui les préoccupe, c’est de remplir leurs poches ».
Même son de cloche à Berlin devant une usine Mercedes Benz où le délégué syndical IG Metall s’insurge : « C’est du temps de vie qu’ils veulent nous voler, du temps avec nos familles, familles qu’on a déjà du mal à nourrir. C’est nous qui, pendant des années, avec notre travail, avons permis aux actionnaires d’encaisser des milliards de dividendes. Maintenant, c’est à eux de payer, des efforts nous en avons suffisamment fourni. »
Une mobilisation qui n’est pas restée sans écho puisque, samedi 26 septembre, cinq jours après la journée d’action dans l’automobile, 175 000 personnes ont manifesté dans 15 villes allemandes à l’appel de la centrale syndicale DGB, comptant près de 5,5 millions de syndiqués, contre les offensives visant les retraites, le temps de travail et la protection sociale.
Refuser le chantage des classes dominantes est d’autant plus important pour les travailleurs que le secteur de l’automobile allemand connaît une vague de licenciements massifs et que le patronat l’organise consciemment.
Les salariés de Volkswagen en savent quelque chose. Depuis janvier 2025, ils ont consenti à verser une part importante de leurs salaires dans le fonds de solidarité de VW, qui leur avait garanti qu’en échange il n’y aurait aucun licenciement sec. Cela n’a pas empêché la direction de revenir sur sa promesse et d’annoncer début septembre sa volonté de licencier 50 000 personnes.
Le message des bases syndicales pour cette journée de mobilisation du 21 septembre était clair : pas de concessions, pas d’efforts supplémentaires. La direction d’IG Metall a donc dû s’aligner sur ces revendications face à l’immense colère des travailleurs et a refusé le passage au 40h payées 35h. Mais le syndicat a tout de même cherché à rassurer les actionnaires de l’industrie automobile allemande en interpellant le gouvernement pour lui demander des exonérations d’impôts pour les actionnaires qui accepteraient de renoncer à une partie de leurs dividendes.
Les groupes VW, Mercedes et BMW ont cumulé à eux seuls environ 12 milliards de bénéfices nets du 1er janvier au 30 juin 2026, dont 7 milliards ont directement filé dans les poches des actionnaires. Dans cette situation, la direction syndicale d’IG Metall défend une politique protectionniste, pour protéger les intérêts du capital allemand, en suggérant au gouvernement de mettre en place des droits de douanes qui visent les véhicules électriques chinois et des clauses qui obligent les constructeurs chinois à délocaliser une partie de leur production en Europe. Une position de conciliation de classe qui génère des illusions dangereuses et qui constitue une impasse pour défendre les intérêts des travailleurs.
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Malgré la réussite de la journée de mobilisation du 21 septembre, les directions syndicales ne proposent pas de suite à cette journée, ni de perspective. Pourtant, face aux annonces de licenciements et à la casse des conditions de travail, seul un plan de bataille d’ampleur à même d’imposer un véritable rapport de force au patronat radicalisé pourra le faire reculer.
C’est en ce sens que certains secteurs des bases syndicales d’IG Metall commencent à s’impatienter et veulent s’affronter frontalement avec le patronat. Lors des rassemblements, de nombreuses banderoles ont fait leur apparition : « Sans la grève, rien ne changera » ou encore « prêts pour la grève. »
Un affrontement d’autant plus nécessaire que les coups pleuvent de tous les côtés. Malgré un taux d’impopularité jamais atteint dans l’histoire de l’Allemagne avec 13% d’opinion favorable, le chancelier Merz - même affaibli par trois défaites électorales, dont une majeure en Mecklembourg Von Pommern où la CDU a été éjectée du parlement régional avec le score le plus bas jamais atteint par le parti lors d’une élection - a maintenu sa volonté de poursuivre les réformes anti-sociales, et notamment sa réforme des retraites.
Pour que la mobilisation de samedi dernier ne soit reste uniquement un « Scheinprotest » (une manifestation de façade) , il va falloir un plan de bataille sérieux, pour s’affronter au gouvernement de Merz, en profitant de sa fragilité, et au patronat de l’automobile allemande, qui ne fera aucun cadeau aux travailleurs et travailleuses.
Pour faire reculer Merz et les géants de l’automobile, il va falloir un véritable plan de bataille mais aussi un programme clair de défense des intérêts de la classe ouvrière, qui rompe définitivement avec le principe de conciliation de classe porté par les bureaucraties syndicales. Pour cela, il faut urgemment défendre l’interdiction des licenciements, et la nationalisation sans indemnité des grands groupes de l’industrie automobile, afin de mettre la production sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes et de mettre un véritable coup d’arrêt au chantage patronal.
Publié par REVOLUTION PERMANENTE
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