Plus de chômage après une rupture conventionnelle ? La nouvelle attaque du gouvernement
Sous couvert de responsabilisation, le gouvernement prépare une attaque contre un dispositif à son origine plébiscité par le patronat : les ruptures conventionnelles. Une nouvelle façon de durcir l’accès au chômage et de précariser encore un peu plus les droits des travailleurs.
Depuis les annonces de Bayrou le 15 juillet pour le budget 2026, l’offensive est lancée contre les travailleur·euses. Sous prétexte de « remettre le pays au travail », la bourgeoisie avance toujours plus de mesures austéritaires qui rejoignent les propositions du premier ministre, avec notamment une nouvelle réforme de l’assurance chômage. C’est dans ce cadre que mercredi 23 juillet, sur RMC, la ministre du Travail et de l’emploi, Astrid Panosyan-Bouvet, a commencé à dessiner les contours d’une attaque sur les ruptures conventionnelles : « c’est un sujet qu’il faut regarder ».
La réforme viserait les jours de carence liés. Deux possibilités sont envisagées : l’allongement de la durée minimale sans revenus à l’issue d’une rupture conventionnelle au-delà des 7 jours actuels, ou l’augmentation de la durée maximale de cette période de carence au-delà des 150 jours. Dans les deux cas, une tentative de forcer les travailleurs à ne pas recourir à des ruptures conventionnelles et un approfondissement de la précarisation étroitement liée avec le durcissement à venir des conditions d’accès au chômage. Les ruptures conventionnelles ne sont, dans le discours de la bourgeoisie, que des départs avec avantages qui, si le dispositif n’existait pas, auraient simplement donné lieu à des démissions, ce qui aurait l’avantage de ne pas payer de chômage aux travailleur·euses concerné·es. Ainsi, la petite musique des « abus » de la part de certain·es salarié·es se fait entendre dans la presse bourgeoise pour préparer le terrain depuis quelques semaines.
L’attaque se fait donc d’abord pour couper dans ces dépenses du chômage, en s’attaquant à un dispositif, un temps plébiscité par le patronat, mais qui permet en effet à certain·es de quitter une entreprise et de bénéficier pendant une période du droit au chômage pour lequel ils ont cotisé, notamment depuis l’assimilation de l’abandon de poste à une démission. Le gouvernement veut donc priver les travailleur·euses d’une période indispensable pour se reconstruire après des conditions de travail difficiles ou rechercher un emploi qui convienne mieux.
Mais derrière l’attaque austéritaire se cache aussi une logique d’exploitation accrue. Si ce type de fin de contrat avait été mis en place en 2008 pour permettre au patronat de maquiller des licenciements derrière le « consentement » des salarié·es et leur « mobilité », il est aujourd’hui attaqué pour rendre le dispositif encore plus favorable aux employeur·euses, au détriment des droits des salariés, notamment des plus jeunes. En effet, la précarité accrue en sortie de contrat fragilise les travailleur·euses, favorise le maintien des salariés dans des emplois aux conditions dégradées et permet au patronat d’agiter pendant les négociations avec ses employé·es le spectre d’une démission sans indemnités et de renforcer alors son rapport de force.
Cette attaque contre les ruptures conventionnelles est aussi une attaque directe contre la jeunesse laborieuse, et celle qui la rejoindra demain. Plus précaires et plus susceptibles de changer de poste pour se reconvertir, trouver du sens et un bon environnement de travail, surreprésentés dans les CDD, stages, alternances, intérims, ce sont les jeunes qui ont le plus à perdre ici. Désormais, le patronat pourra encore accentuer son chantage au travail, son rapport de force dans les négociations avec des jeunes moins expérimentés, moins informés de leurs droits et plus vulnérables à la pression hiérarchique. Sans rupture conventionnelle, les jeunes seront poussés à la faute pour permettre des licenciements ou leurs besoins ignorés jusqu’à des départs « volontaires » de leur part.
Cette nouvelle offensive contre les ruptures conventionnelles révèle une fois de plus la cohérence de l’agenda néolibéral du gouvernement : faire peser le poids des crises sur les plus précaires, tout en flexibilisant davantage le travail. En ciblant un outil, un temps défendu par le patronat, le gouvernement montre l’ampleur de l’offensive à venir. La jeunesse, particulièrement touchée par ces logiques, et le reste des travailleur·euses ne pourront compter ni sur le dialogue social, ni sur les institutions pour défendre leurs droits. Seule une mobilisation large, ancrée dans les lieux de travail et les universités, qui tire les bilans des stratégies perdantes de la bataille des retraites, pourra imposer un rapport de force capable d’enrayer la machine néolibérale.
Publié par REVOLUTION PERMANENTE
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