Capture d’écran : Legrand France.
Casse sociale. Legrand supprime 200 postes pendant que les dividendes de ses actionnaires explosent
Jeudi 4 juin, les quelque 5000 salariés du groupe Legrand ont été informés de la fermeture de quatre sites et de la suppression de près de 200 postes. Le groupe affiche pourtant des profits records et une stratégie d’acquisition agressive.
L’annonce a fait l’effet d’une bombe pour les salariés du fabricant d’appareillage électrique. Les sites de Confolens (Charente), Châlus (Haute-Vienne), Pont-en-Royans (Isère) et Lagord (Charente-Maritime) vont fermer dans un délai de deux ans, provoquant la suppression de près de 200 postes. Si la direction avait déjà fermé trois sites il y a deux ans, ce nouveau « plan de sauvegarde de l’emploi » met les salariés dans une tout autre situation. Selon la CGT, la plupart de la production sera déplacée des 4 sites destinés à la fermeture vers de plus grands sites industriels, parfois à plusieurs centaines de kilomètres. Au total, 9 sites partout en France sont concernés par ce que la direction appelle un « projet d’adaptation de son organisation industrielle » et qui inclut la possibilité de licenciements et de départs anticipés à la retraite.
Pour beaucoup, le plan de la direction est un drame. L’émotion était palpable sur certains sites du groupe, au point où certains ouvriers ne sont pas allés travailler vendredi selon un délégué syndical de l’entreprise. Le choc se mêle à la colère, et chacun essaie de reprendre ses esprits. Au-delà des conséquences difficiles qu’impliquent les licenciements et les relocalisations, ce sont aussi des territoires entiers qui sont impactés par la fermeture des quatre sites industriels. Les petites communes de Châlus, Confolens, Pont-en-Royans et Lagord sont inévitablement dépendantes de ces usines. Dès lors, ce sont les salariés des restaurants, des boulangeries, des sous-traitants et in fine des services publics qui pourraient être impactés par effet domino, affectant grandement la qualité de vie des habitants de ces territoires.
Pour justifier ces annonces, la direction de Legrand invoque la nécessité d’investir dans le numérique et les centres de données. Mais les chiffres racontent une autre histoire : pendant que 200 postes sont supprimés, le groupe rachète des entreprises aux quatre coins du monde et verse des dividendes en hausse. Rien qu’au premier trimestre 2026, le groupe Legrand a acquis les entreprises Green4T basée au Brésil, Kratos Industries basée aux États-Unis et TES basée au Royaume-Uni. Dès lors, le vocabulaire néolibéral de la direction cache mal le fait que son plan est une attaque contre ses employés : la compétitivité est synonyme de licenciement, de déménagements forcés et de cadences alourdies sur les sites qui restent. Ce que la direction appelle « réorganisation », ses employés l’appellent par son nom : un plan qui sacrifie plus de 200 emplois pour satisfaire ses actionnaires.
La direction n’essaie même pas de maquiller les objectifs de ce plan. L’entreprise se porte très bien et affiche des profits records. En 2025, le groupe Legrand a réalisé 1,2 milliard d’euros de bénéfices pour un chiffre d’affaires de 9,5 milliards. Selon la CGT, la direction vise à économiser 8 millions d’euros avec la fermeture des sites industriels et le plan de licenciement. Olivier Ten, délégué syndical sur le site de Limoges, souligne que c’est exactement la somme distribuée en parts variables à la centaine de directeurs. Plus révélateur encore, Legrand a versé 576 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2025, contre 547 millions en 2024, soit une hausse de plus de 28 millions d’euros. Pour le délégué CGT Legrand, le nouveau plan de la direction est une « hérésie » qui ouvre à « un nouveau monde chez Legrand ».
Si le délégué syndical de Legrand confie que la situation est « humainement très compliquée » et que le plan de la direction est une « grande gifle », il n’en est pas moins révolté par la situation. Cette dernière semble n’avoir aucune logique, si ce n’est celle des profits des actionnaires au détriment d’hommes et de femmes qui n’ont que leur force de travail et leur savoir-faire. La radicalité du plan de la direction doit être combattue par une radicalité au moins équivalente : les travailleur·euses font tourner la production, ils peuvent et doivent l’arrêter pour faire reculer la direction.
Publié par REVOLUTION PERMANENTE
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