SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPCI

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Syndicat CGT Unilever HPCI France

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Augmentation du prix du carburant : le gouvernement poursuit sa politique pro-patronale

Lecornu avait promis un « changement d'échelle » face à la flambée des carburants qui frappe les travailleurs. Ce jeudi, il a finalement annoncé la continuité des mêmes mesurettes pro-patronales. Seule une riposte par en bas permettra de faire payer les responsables de la crise.

Moins que des miettes

Ce jeudi, le Premier ministre Sébastien Lecornu et plusieurs ministres étaient en conférence de presse pour présenter ce qui était annoncé depuis plusieurs jours dans les médias comme un « changement d’échelle » dans les aides face à la hausse des prix liée à la guerre des États-Unis contre l’Iran. Comme l’on pouvait s’y attendre, on a finalement assisté à un brassage d’air du gouvernement pendant 51 minutes.

Le cœur du dispositif se résume à la reconduction pour trois mois des aides existantes : maintien de l’aide entre 30 et 35 centimes par litre pour les pêcheurs, à 20 centimes pour le BTP et 15 centimes pour les agriculteurs avec le GNR. Seule évolution, le doublement de la prime carburant versée aux entreprises de 300 à 600 €. Des mesures uniquement dirigées en direction du patronat, et que le gouvernement s’est donc contenté de prolonger. En clair, pas de quoi modifier la réalité de l’impact de la crise pour les travailleurs et les classes populaires.

Pour habiller ce vide, le gouvernement a agité le chiffre de 710 millions d’euros supplémentaires, tout en évoquant des miettes symboliques pour donner l’impression d’agir. Les fonctionnaires se verront par exemple accorder une hausse de 20 centimes par litre de leurs indemnités kilométriques, une mesure qui ne permet même pas de rattraper la hausse des prix de ces deux derniers mois. Dans le même esprit, le ministre des Transports Philippe Tabarot a annoncé 15 000 véhicules électriques en leasing pour les aides à domicile - qui sont 600 000 en France.

Le pompon revient au même ministre des Transports qui a solennellement « interpellé  » les plateformes de VTC — Uber, Bolt et consorts — pour leur demander de « faire un geste significatif » envers leurs chauffeurs. Autrement dit, le gouvernement supplie des multinationales milliardaires de bien vouloir, si elles le souhaitent, lâcher quelques euros à des travailleurs qui n’ont aucun statut salarié, aucune protection, et subissent de plein fouet la flambée des prix du carburant. Demander timidement au patronat de faire des efforts : un véritable symbole de la logique du gouvernement.

Ce qui unit toutes ces annonces, c’est précisément l’objectif de préserver à tout prix les profits du patronat, en évitant de lui imposer la moindre contrainte. En clair, pas touche à Total, qui a engrangé des milliards supplémentaires depuis le début de la guerre en Iran, profitant de la crise comme d’une machine à cash pour ses actionnaires. Surtout, le gouvernement veut à tout prix éviter la question centrale des salaires, qui n’ont pas suivi l’inflation depuis des années, et dont l’augmentation est un véritable tabou.

Cette conférence de presse confirme donc ce qu’on savait déjà : la macronie poursuivra sa politique pro-patronale contre les intérêts des classes populaires confrontées à la crise. Face à cela, la seule perspective viable est l’organisation d’une riposte par en bas pour imposer des mesures à la hauteur de la crise et la faire payer aux vrais responsables. Cela implique de se battre pour l’indexation des salaires sur l’inflation et leur augmentation généralisée, le plafonnement des prix des hydrocarbures mais aussi la nationalisation sans rachat et sous contrôle ouvrier de Total, le principal profiteur de cette crise.

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Le chômage bat des records, après 10 ans de macronie et de cadeaux au patronat

Pour la première fois depuis cinq ans, le taux de chômage en France dépasse les 8%. Cette hausse continue vient couronner la « politique de l’offre » de Macron, faite de cadeaux aux grandes entreprises, dont les travailleurs paient le prix fort à travers l’inflation et la casse de l’emploi.

Macronisme

Un rapport de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), publié mercredi 13 mai, révèle que le taux de chômage a franchi la barre des 8%. En un an, il a augmenté de 0,7 points, s’établissant à 8,1% au premier semestre 2026. Un tel niveau, qui correspond à 2,6 millions de personnes au chômage, soit 68 000 de plus qu’au trimestre précédent, n’avait pas été atteint depuis 2021.

Toutes les tranches d’âge sont concernées : pour les 15-24 ans, le chômage augmente de deux points, et s’établit à 21,1%. Pour les 25-49 ans, de 0,4 points (7,3%), et de 0,4 points aussi pour les 50 ans et plus (5,2%). Alors qu’Emmanuel Macron avait fait du « plein emploi » [1] une question centrale de son premier quinquennat, ce chiffre vient ternir le bilan de la macronie sur une question qui venait justifier l’ensemble de sa « politique de l’offre ». Un ruissellement et des cadeaux aux riches qui finissent toujours par être payés par les travailleurs.

Et pour cause. Le quinquennat de Macron a été synonyme de cadeaux au patronat par milliards d’euros. Abandon de l’ISF (2018), impôt à taux fixe sur les revenus du capital (« flat tax » en 2018), baisses de cotisations, baisse de 10 milliards d’euros sur les impôts de production (2020), baisse de l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% (2022)... Les dispositifs défiscalisés d’incitation à la stagnation des salaires, comme la prime d’activité ou la prime Macron ont également largement contribué à assécher les caisses publiques, tandis que le million d’emplois créés par l’apprentissage constituent des emplois précaires payés directement par l’État.

Pour financer cette politique, la macronie a menée une succession d’offensives contre les travailleurs et les classes populaires, des budgets ultra-austéritaires à la casse des retraites, en passant par celle des services publics, au nom du « rééquilibre budgétaire ». Sa loi « plein emploi », remplaçant Pôle Emploi par France Travail et inscrivant tous les bénéficiaires du RSA et les jeunes à partir de 15 ans, a représenté une attaque d’ampleur contre les chômeurs. Il y a quelques jours encore, la loi contre les « fraudes sociales et fiscales » qui vise à durcir le flicage des plus précaires, a été définitivement adoptée au Parlement.

Mais c’est également la loi Travail XXL de Macron, dans la continuité des réformes engagées sous Hollande qui, en facilitant notamment les licenciements, ont encouragé le patronat à licencier massivement. Les fermetures d’usines, les plans sociaux et les suppressions de postes, à l’image de l’arrêt de la production de voitures à Stellantis Poissy, n’ont fait qu’attaquer le monde du travail, dégradant les conditions d’emploi des travailleurs et leurs salaires.

Le contexte de casse sociale, lié à la désindustrialisation du pays, a fait exploser le nombre de chômeurs. Alors que le chômage a reculé à plusieurs reprises pendant les quinquennats de Macron, ces baisses ont le plus souvent été relatives et surtout liées à la précarisation de l’emploi, quand elles n’étaient pas associées à des changements de calculs et à des radiations massives liées aux différentes réformes de l’assurance chômage.

Les macronistes se félicitaient d’avoir relancé l’activité, réindustrialisé le pays et fait baisser le chômage. Mais aujourd’hui, ils tentent tant bien que mal de masquer leurs responsabilités, car ces résultats catastrophiques pourraient couter cher à ses principaux instigateurs, Gabriel Attal et Édouard Philippe, à seulement un an des présidentielles. « La symbolique des 8 % est forte, et il reste encore un an », soupire, selon Les Echos, un proche du président de la République. « Elle pourrait devenir un boulet pour ceux issus de son socle qui voudront lui succéder » ajoute le journal.

Ces chiffres ne font que rappeler la profonde crise sociale qui frappe le pays, accélérée par la guerre en Ukraine et une inflation brutale qui a pesé sur les salaires. La guerre en Iran et la hausse des prix du carburant constituent un nouveau choc susceptible de durer, tandis que le ralentissement de l’économie aggrave la situation, avec des licenciements massifs. Alors que les multinationales comme TotalEnergies réalisent des profits records avec le gouvernement à son service, l’emploi dans le privé diminue avec, comme le note Les Echos, près 22 000 postes en moins dans les six premiers mois de l’année, en plus des 60 000 perdus en 2025.

Face à cette casse sociale, la CGT dénonce bien la hausse du chômage, mais elle formule cependant une stratégie impuissante pour y faire face, en continuant à parier sur le dialogue social. La main tendue de Sophie Binet au gouvernement dans l’offensive contre le 1er mai, a exprimé toute l’impasse de sa stratégie de conciliation. Sans parler de la CFDT, qui a participé aux dernières négociations sur l’assurance chômage qui ont débouché sur un accord avec le patronat pour réduire les droits des salariés dans le cas de ruptures conventionnelles.

Face au chômage qui se massifie, il faut défendre sans détour le maintien de l’emploi, chercher à imposer l’interdiction des licenciements, la transformation de tous les contrats précaires en CDI, et la nationalisation sans indemnités ni rachat des entreprises qui ferment ou licencient, ainsi que leur mise sous contrôle des travailleurs. Alors que certaines et certains s’épuisent au travail en ayant un emploi, tandis que d’autres vivent aujourd’hui dans une grande précarité sociale, il faut également exiger un partage du travail entre toutes et tous, non seulement à salaire égal, mais aussi en revendiquant des hausses de salaires pour l’ensemble des travailleurs. Imposer un tel programme implique la construction d’un mouvement d’ensemble, par en bas, à travers une mobilisation des travailleurs, coordonnée entre les différents secteurs touchés par le chômage et les coupes budgétaires, afin de stopper le carnage social.

 

[1Un terme mal choisi pour dire 5% de chômage.

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Echec des négociations à Airbus : FO, la CFE-CGC et la CFTC temporisent pour éteindre la colère

Après la grève spontanée du 7 mai, les négociations entre direction et syndicats pro-patronaux ont échoué. Pourtant, face à la colère des travailleurs d’Airbus, ces derniers appellent au calme. Une impasse alors que seule la mobilisation peut permettre d'arracher les revendications.

Airbus

Flickr j_bg

L’impasse du dialogue social

Ce mardi 12 mai, les négociations entre les syndicats pro patronaux FO, CFE-CGC et CFTC avec le patronat d’Airbus ont échoué. Ces négociations faisaient suite à la grève spontanée lancée par les salariés contre la baisse de la prime de participation, dans la nuit de mercredi à jeudi.

Face à la mobilisation, les syndicats pro patronaux s’étaient empressés de mettre fin à l’agitation en appelant à la « stabilité sociale ». Dès le début du mouvement, des délégués FO se sont rendus sur les lieux de mobilisation pour demander aux grévistes de reprendre le travail.

Dans un communiqué publié le jour même, FO, CFE-CGC et CFTC se sont d’ailleurs clairement positionnés contre la grève : « les organisations syndicales FO, CFE-CGC et CFTC ne s’associent pas aux mouvements de grève annoncés dans certains établissements du groupe ». Une posture d’autant plus révélatrice qu’ils ont, dans le même temps, cherché à s’imposer comme interlocuteurs dans les négociations au nom du mouvement.

Cependant, face au mépris de la direction, ces syndicats temporisent une nouvelle fois, appelant au calme jusqu’à la réunion du 18 mai autour de la négociation sur l’accord de participation. Si FO, CFE-CGC et la CFTC menacent, en cas d’échec, de lancer une grève qu’ils qualifient eux-mêmes « de contraire à leur culture et à celle d’Airbus », en réalité, il ne faut avoir aucune confiance dans ces syndicats qui, depuis le début des mobilisations, cherchent à cadenasser la colère.

Les salariés payent quand les actionnaires s’engraissent

Pourtant, cette colère des travailleurs d’Airbus est plus que légitime. Dans un contexte de forte inflation, avec des prix augmentant en moyenne de 3 % en avril sur un an dans la zone euro, les dépenses contraintes explosent, en particulier pour le carburant : le sans-plomb 95 reste 19 % au-dessus de son prix d’avant le conflit en Iran, et le diesel 31 %.

Dans le même temps, le patronat décide de baisser brutalement les primes de participation, qui passent de 4 472 à 2 057 euros, après avoir déjà imposé une augmentation de salaire dérisoire de 2,4 % lors des NAO, dans la continuité de l’an dernier.

Autrement dit, alors que le coût de la vie augmente, les revenus réels des salariés reculent.

Ces annonces sont d’autant plus vécues comme une insulte que l’entreprise engrange, elle, des profits record de 5,2 milliards d’euros : « Après avoir augmenté les salaires de seulement 2,5 %, au même moment où les actionnaires se gavent et que les prix des carburants explosent, l’annonce d’une prime à moitié moins importante a été la goutte de trop », expliquait Pierre, de la CGT Airbus SAS dans nos colonnes.

Par ailleurs, la situation économique mondiale ne risque pas de s’améliorer. Loin d’un retour à la normale, tout indique au contraire que l’inflation va se maintenir, voire s’aggraver, et avec elle les offensives patronales.

Chez Airbus, cette dynamique se traduit déjà concrètement : les attaques de la direction se multiplient : baisse des primes, renforcement de la surveillance, remise en cause du télétravail, répression antisyndicale.

Face au mépris patronal, construisons la mobilisation

Dans ce contexte, il est urgent de construire un mouvement de mobilisation à la hauteur du mépris de la direction. Mais, comme ils ont pu le démontrer tout au long de leur histoire et même lors de mobilisations récentes, les syndicats pro patronaux constituent une impasse pour construire un réel rapport de force avec le patronat de l’aéronautique.

Pour construire une mobilisation à la hauteur, les travailleurs d’Airbus doivent rompre avec les cadres imposés par ces syndicats et reprendre la main sur le mouvement. Cela passe notamment par l’organisation collective au sein d’assemblées générales où chaque gréviste peut s’exprimer, décider des revendications et élire des délégués réellement représentatifs des mobilisations. Une telle dynamique est indispensable pour mener une grève offensive, en portant des exigences claires comme une augmentation de 400 euros sur tous les salaires et l’indexation des salaires sur l’inflation.

Mais cette mobilisation, les travailleurs d’Airbus doivent la construire avec l’ensemble du secteur de l’aéronautique, confronté aux mêmes attaques. Il faut en finir avec la division absurde du secteur, qui sert aujourd’hui avant tout les intérêts du patronat.

Dans ce sens, la CGT Airbus pourrait jouer un rôle décisif : en dénonçant les limites des syndicats pro patronaux, mais surtout en poussant concrètement au développement des assemblées générales, à leur coordination et à l’élargissement des revendications comme de la mobilisation.

Publié par REVOLUTION PERMANENTE

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La capitulation allemande

a été signée le 8 mai 1945

 

En France, le 8 mai est un jour férié célébrant la capitulation allemande qui a mis fin à la seconde guerre mondiale en Europe (1939-1945). Pourtant, sans vouloir jouer les pointilleux, signalons que la signature de cette capitulation ne fut pas effectuée le 8, mais le 7 mai (vers 2 heures 40 du matin) à Reims par le général Jodl (pour l'Allemagne), en présence de Bedel-Smith (États-Unis), Susloparov (Russie) et du général Sevez (France).

Elle fut accomplie à nouveau le 9 mai par le général Keitel à Berlin, à la demande des Soviétiques qui avaient expressément exigé qu'une nouvelle signature de la reddition allemande ait lieu en présence du maréchal Joukov, du maréchal Tedder, envoyé par Eisenhower, du général Saatz et de Lattre de Tassigny dans la nuit du 8 au 9 mai (le 9 à 0h28 exactement).

La date du 7 mai a rapidement été éclipsée par celle du 8 mai, suite à la décision de l'annonce officielle de la fin des hostilités par le général de Gaulle ce jour-là à 15 heures, qui a ensuite été retenue comme date officielle.

La date retenue par l'URSS, l'actuelle Russie, pour fêter l'événement n'est d'ailleurs ni le 7 ni le 8, mais bien le 9 mai.

SOURCE: Tatoufaux.com

Publié par EL DIABLO

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Amora, la moutarde de Dijon devient américaine

Unilever cède Amora à McCormick pour 44,8 milliards de dollars. La marque dijonnaise, née en 1919, passe sous contrôle américain après quatre décennies britanniques.

 

Le 30 mars 2026, Unilever a annoncé le rapprochement de sa division alimentaire avec McCormick & Company, groupe américain spécialisé dans les épices et condiments. L’opération prévoit un versement en numéraire de 15,7 milliards de dollars à Unilever et valorise l’activité alimentaire concernée à 44,8 milliards de dollars. Amora, Maille et Knorr figurent dans le périmètre de l’accord rendu public ce jour-là. La finalisation de l’opération est attendue pour mi-2027, sous réserve des autorisations réglementaires. Unilever poursuit ainsi son recentrage sur les cosmétiques, l’hygiène et les soins personnels, après avoir déjà engagé la réorganisation de son portefeuille en 2026.

McCormick, déjà présent à l’international avec un portefeuille de marques d’assaisonnement et de sauces, entre ainsi plus directement dans l’alimentaire grand public européen. Au 4 mai 2026, aucune communication publique détaillée de McCormick ne précise le sort industriel du site de Chevigny-Saint-Sauveur, en Côte-d’Or, où sont encore produits Amora et Maille. Cette absence d’engagement public entretient l’incertitude locale, après plusieurs décennies de restructurations.

Dijon

Amora a été déposée le 23 septembre 1919 à Dijon par Armand Bizouard. La marque appartient alors à la Société anonyme des moutardes et vinaigres de Bourgogne. Selon le récit historique retenu par l’entreprise, le nom serait né d’une formule attribuée à son fondateur : « C’est un amour de moutarde, ce sera Amora. » En 1934, Raymond Sachot reprend la société et relance la marque, en profitant aussi d’une résonance avec Amon-Râ, découverte lors d’un voyage en Egypte selon l’histoire interne de la marque.

La trajectoire industrielle d’Amora change d’échelle dans les années 1970 avec son entrée dans l’orbite de BSN, futur Danone. Puis vient une séquence capitalistique souvent résumée trop vite : en 1997, Danone cède son pôle épicerie, dont Amora-Maille, à Paribas Affaires Industrielles dans le cadre d’un LBO. Deux ans plus tard, en novembre 1999, Unilever annonce le rachat d’Amora-Maille ; l’opération est ensuite examinée par la Commission européenne avant sa mise en œuvre en 2000. Le passage de Danone à Unilever n’est donc pas direct.

Verres

En 1953, Amora lance le verre réutilisable « Givror », un contenant pensé pour devenir un verre de table une fois la moutarde consommée. Cette innovation d’emballage ouvre une longue séquence commerciale qui s’étend sur plusieurs décennies, avec des séries décorées consacrées à des personnages de bande dessinée, à des motifs floraux ou à des univers pour enfants. Le conditionnement devient alors un levier de fidélisation familiale autant qu’un support de vente.

Cette stratégie a laissé des traces durables dans la culture matérielle française. En 2025 et 2026, des plateformes de seconde main continuent de proposer des verres Amora d’occasion, parfois issus de séries recherchées comme Tintin. Le slogan « Par amour du goût » n’apparaît pas dans les années 1980, mais en 1992. Cette date compte, car elle situe le basculement d’Amora vers une communication plus affective et plus publicitaire, alors que la marque est déjà solidement installée dans la grande distribution.

En juillet 2024, l’usine Amora-Maille de Chevigny produit chaque année près de 100 millions de pots de moutarde. Ce volume donne une mesure concrète de la place de la marque dans les habitudes alimentaires françaises, au-delà de sa seule notoriété publicitaire.

Fermeture

Le 19 novembre 2008, la fermeture de l’usine historique d’Amora à Dijon est annoncée. Le plan social concerne près de 300 emplois et s’accompagne d’un transfert de la production vers Chevigny-Saint-Sauveur, où 26 millions d’euros doivent être investis. La fermeture met fin à la présence industrielle d’Amora dans son site historique dijonnais.

En mars 2009, un salarié déclare : « Nous sommes un exemple vivant de ce qui se passe en France. » La phrase intervient au moment où la crise financière de 2008 accélère les restructurations dans l’industrie. A Dijon, l’affaire dépasse alors le seul cas d’une usine de moutarde : elle devient un épisode local de la désindustrialisation française.

Pénurie

Au printemps 2022, la moutarde manque dans les rayons de nombreuses enseignes françaises. La pénurie tient à un double choc : une très mauvaise récolte en Bourgogne et surtout une chute de la production canadienne, après des épisodes de sécheresse et de chaleur extrême. La France dépend alors largement du Canada pour son approvisionnement en graines de moutarde, à hauteur d’environ 80%.

Sur les prix, les estimations convergent vers une hausse brutale, sans se fixer sur un seul chiffre. Le prix des graines a été multiplié par trois à cinq selon les marchés et les périodes de 2021 à 2022. En juin 2022, un acteur du secteur indique ne pas envisager de retour à la normale avant 2024.

Cette crise remet au premier plan la question de la filière française. En 2023, le ministère de l’agriculture rappelle que la moutarde est un produit phare de la Bourgogne, tout en montrant que la filière locale ne suffit pas à couvrir les besoins industriels nationaux. La récolte 2024 est ensuite présentée comme favorable. La tension sur l’offre s’atténue, mais la dépendance aux aléas climatiques et aux importations reste entière.

Chevigny

En juillet 2024, l’usine de Chevigny-Saint-Sauveur est présentée comme l’unique site Amora-Maille, en France et dans le monde, et comme une usine exportant vers 90 pays. Cette donnée actualise fortement le dossier industriel : Chevigny n’est plus seulement un site de repli après Dijon, c’est le centre mondial de production pour ces marques.

Cette centralisation accroît la sensibilité du site à tout changement d’actionnaire. Après l’annonce de l’accord Unilever-McCormick en mars 2026, la question n’est plus seulement celle de la propriété de la marque, mais celle d’un outil industriel unique en Côte-d’Or. A ce stade, aucun engagement chiffré n’a été rendu public sur l’emploi, l’investissement ou le maintien du périmètre industriel à Chevigny après la finalisation prévue mi-2027.

Amora reste une marque dominante en volume, mais son environnement concurrentiel s’est durci. Par le bas, les marques de distributeur profitent de l’inflation alimentaire et de l’attention accrue des ménages aux prix. Par le haut, des producteurs plus petits, comme Fallot à Beaune, ou des acteurs valorisant l’IGP Moutarde de Bourgogne, occupent le terrain de l’origine et de la fabrication régionale. Fallot, maison liée à Beaune depuis le XIXe siècle, reste souvent citée comme la dernière moutarderie familiale indépendante de ce segment.

A cela s’ajoute une fragilité juridique ancienne : « Moutarde de Dijon » n’est pas une indication géographique protégée. Cette dénomination correspond à une recette et non à une origine certifiée. Un fabricant situé hors de Bourgogne peut donc utiliser cette appellation s’il respecte le procédé. Pour Amora, cela limite la portée commerciale du lien entre Dijon, l’étiquette et le produit.

Enfin, la pression ne porte plus seulement sur le prix ou l’origine, mais aussi sur la composition des produits transformés. En avril 2026, une enquête de foodwatch sur dix produits ultra-transformés vendus comme sains ou valorisés par leur marketing confirme le durcissement du regard porté par une partie des consommateurs sur les listes d’ingrédients. Même si cette enquête ne vise pas exclusivement Amora, elle s’inscrit dans un climat moins indulgent pour les grandes marques industrielles.

L’histoire d’Amora se joue désormais sur deux calendriers. Le premier est industriel : la finalisation de l’accord avec McCormick est prévue pour mi-2027. Le second est commercial : préserver, sous une propriété américaine, une marque née à Dijon en 1919, relancée en 1934, vendue près de 100 millions de fois par an et fabriquée sur un seul site exportateur vers 90 pays.

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