Nos vies valent plus que leurs profits La régression sociale ne se négocie pas, elle se combat ! L’esprit coopératif d’Olivier Leberquier - SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPC

Unilever Logo

SYNDICAT CGT UNILEVER FRANCE HPC

Syndicat CGT unilever HPC France

Publié le par Syndicat CGT Le Meux
Publié dans : #Notes d'information Cgt Unilever

Entre 2010 et 2014, le syndicaliste CGT, Olivier Leberquier a mené la fronde contre Unilever lors du combat des « Fralib ». Il est désormais directeur général délégué de Scop-Ti, la société coopérative née de cette lutte.

Le Normand Olivier Leberquier s’efforce, depuis toujours, de « faire passer le collectif avant l’individuel ».

Le Normand Olivier Leberquier s’efforce, depuis toujours, de « faire passer le collectif avant l’individuel ». / Benjamin Béchet pour La Croix.

Son bureau ne se trouve pas, comme celui de l’ancienne direction, dans un bâtiment distinct de l’usine. Le sien domine l’atelier. On y entend les cliquetis et les ronronnements discrets des cinq lignes de production des thés et tisanes de la Scop-Ti. La Société coopérative ouvrière provençale de thés et infusions a vu le jour fin mai 2014, à Gémenos près de Marseille.

Après 1336 jours de lutte acharnée contre Unilever, l’ancien propriétaire, 76 salariés ont repris leur outil de travail, dans les locaux mêmes de l’usine Fralib, où la marque produisait les thés éléphant. À la tête du combat : Olivier Leberquier.

Ce Normand de 53 ans a les yeux gris clair et l’âme engagée. Sous des néons blancs et un portrait de Che Guevara, il détaille le parcours qui l’a mené à coiffer la casquette de directeur général délégué de la Scop-Ti.

En 1981, il entre chez Unilever, au Havre

« Mon rêve de gosse, c’était d’être soudeur, comme mon père », se souvient celui qui a grandi à Harfleur, près du Havre. Aucun lycée pro près de chez lui ne propose la formation. « Il fallait partir ailleurs, on n’en avait pas les moyens. » L’ado décroche finalement un BEP de mécanicien monteur, un CAP de tourneur et fait ses premières armes, à 17 ans, au sein de la raffinerie de Normandie. En 1981, il entre chez Unilever, au Havre.

A lire : Les anciens de Fralib prennent un nouveau départ

« Mon père m’a dit : “Dès que tu bosses, tu te syndiques” », se rappelle ce grand gaillard dans son tee-shirt rouge, estampillé « 1336 », marque désormais de certains produits de la Scop. Comme son père, militant communiste, il choisit la CGT. L’été, les cinq enfants de la fratrie font des colos en Allemagne de l’Est.

Olivier Leberquier rit : « Quand je rentrais, je faisais des exposés sur la RDA, au collège ! Ça ne plaisait pas toujours. Des fois, ça fritait ! » Mais ferrailler ne l’impressionne pas.

Adapter « la belle utopie des codes coopératifs aux codes capitalistes »

Chez Unilever au Havre, devenu représentant syndical, il négocie dès la fin des années 1990, les plans sociaux décidés par le géant de l’agroalimentaire. Dans son bureau qui surplombe l’atelier de production le voilà, vingt-cinq ans plus tard, qui parle équilibre financier, fonds de roulement, négociations du prix du loyer (la métropole Aix-Marseille-Provence est désormais propriétaire du foncier). Comme un patron ?« Ah, non ! »,rétorque le directeur général délégué. « Moi, je n’exploite pas la force de travail d’un autre travailleur pour en tirer profit ! Je ne nourris aucun actionnaire. »

Relire : Les Fralib obtiennent 20 millions d'euros pour leur coopérative

Mais il en convient, il lui faut adapter « la belle utopie des codes coopératifs aux codes capitalistes ». Le cégétiste se fait dirigeant d’entreprise. Pas tout seul, précise-t-il. Ici toutes les décisions, celles du comité de pilotage de trois personnes – dont lui – ou du conseil d’administration sont validées par l’assemblée des 58 coopérateurs actuels (41 sont les salariés du site). Seule entité souveraine.

« Faire passer le collectif avant l’individuel »

Et cela lui plaît, à Olivier Leberquier. Le Normand s’efforce, depuis toujours, de « faire passer le collectif avant l’individuel. » Il voit dans l’âpre lutte contre Unilever, « un moyen, à (s)on échelle, d’œuvrer à un changement de société. » De 6 à 35 ans, il a joué au football, à Harfleur. Milieu de terrain puis défenseur central.

Il est doué, des clubs plus cotés le sollicitent. Il refuse. « Partir aurait été trahir. » À 35 ans, le salarié d’Unilever doit pourtant laisser sa Normandie natale derrière lui. L’usine du Havre diminue ses effectifs. Olivier choisit le reclassement interne : « J’ai suivi mon emploi par obligation. » Direction : Marseille. Il y débarque, en 1998, avec sa femme et ses deux enfants. « On a roulé de nuit ; j’ai dû pleurer jusqu’à Paris. »

Malgré un mal du pays tenace, la greffe finit par prendre. La famille bénéficie d’un agrément « famille d’accueil » et héberge des enfants en difficulté. « Nous avons vécu des heureux événements ici », sourit le quinquagénaire.

L’arrivée de ce petit garçon de 11 mois, élevé et aimé comme un fils quinze ans durant, membre à part entière du foyer aujourd’hui. Ou l’accueil de ces nourrissons, en attente d’adoption. « Quatre, l’un après l’autre, en deux ans et demi. C’était pile pendant la lutte contre Unilever », glisse Olivier. Il évoque le déchirement des séparations et la douceur des retrouvailles, pour un repas, un anniversaire. Avec une émotion manifeste et une légitime fierté.

Un équilibre précaire

La même qui perce dans sa voix pour parler de l’aventure Scop-Ti. « Cette victoire, on ne pourra jamais nous la retirer ! » L’équilibre est encore précaire. Le directeur général, toujours encarté à la CGT, émarge à 2000€ mensuels et déploie son énergie à pérenniser la production.

Après avoir signé de précieux contrats avec les « marques distributeurs » de Système U, Leclerc, Intermarché ou Carrefour, Olivier Leberquier et les coopérateurs ambitionnent d’inscrire durablement la Scop dans une relance de la filière des plantes aromatiques et médicinales du Sud-Est.

Ses yeux gris et rieurs y croient : « Je veux le vivre, ce moment, où on aura des bénéfices. Alors, on se mettra tous autour d’une table et on se demandera : “Bon alors, on en fait quoi ?” » Forcément, il rêve d’une réponse collective.

----

Son inspiration. La famille et le sport

« Ce qui m’a construit, ce sont deux choses : ma famille et le sport. Mes parents auraient donné leur chemise pour aider. J’ai été élevé dans cette générosité, cette solidarité. Nous étions sept autour de la table, mes parents, mon frère, mes sœurs et moi. Mais si quatre copains passaient, on faisait en sorte qu’il y en ait pour onze. J’aime vraiment cette image, parce
que je l’ai vécue, gamin.

Le sport aussi m’a permis de devenir qui je suis. à l’époque, à Harfleur, le président du club de foot tenait tout à bout de bras, sans jamais rien lâcher. Cela m’a beaucoup marqué. »

 

Coralie Bonnefoy

Commenter cet article

Visiteurs

234942

 

Vous pouvez maintenant commenter tous les articles en cliquant sur la case orange en bas à droite de l'article

Articles récents

Hébergé par Overblog