Institutionnalisation des syndicats : et si la question essentielle était celle du pouvoir des travailleurs ?

par Syndicat CGT Le Meux  -  17 Janvier 2018, 14:57  -  #Notes d'information Cgt Unilever

C'est hier qu'avait lieu au siège de la CGT à Montreuil un débat à propos de  l'institutionnalisation du syndicalisme de quoi parle -t- on ? ".

Animé par Sophie BEROUD politiste de l'université de Lyon 2 et Gilbert GARREL ex secrétaire général de la fédération CGT des cheminots et à présent président de l'Institut d'Histoire sociale de la CGT.

Dans l'introduction au débat il s'agissait de faire état des travaux d'un colloque antérieur à Lyon sur le sujet réparti en 5 séances.

Au travers d'une relation historique,

de la diversité des positionnements syndicaux (périodisation de Stéphane SIROT de 1884 à 1945, multiplication de lieux institutionnels après 1945 avec les comités d'entreprise, la mise en place de la Sécurité sociale ...),

de l'évolution de la CGT après 1995 faisant référence à l'appréciation de Maryse DUMAS (éviter à la fois le risque d'intégration ET le risque de marginalisation),

du rôle chez les fonctionnaires de structures comme les Commission Administratives Paritaires (CAP), de l'expérience dans la métallurgie de l'usage de la loi de 1950 (comité de gestion des entreprises et expérience toulousaine)

comme à l'échelle internationale de l'expérience au sein de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) .

On pourrait résumer la conclusion des animateurs de la réunion aux point suivants :

les processus d'institutionnalisation des syndicats sont complexes et ambivalents et l'institutionnalisation peut être un élément constitutif du progrès social.

Le débat avec la salle allait faire apparaître des positions beaucoup plus tranchées,.

Notre camarade Roger Silvain faisant état de sa propre expérience comme administrateur à la Régie Renault et concluant que pour l'essentiel dans le cadre du capitalisme ça ne sert à pratiquement rien de siéger dans les conseils.

Il insiste : aucun acquis ne peut être durable dans le régime capitaliste repris en cela par plusieurs intervenants!

REMARQUES :

A plusieurs reprises dans la discussion il a été question de la période 1945-46 et de la mise en place des institutions de la sécurité sociale et de la participation plus que positive des travailleurs et de la CGT à ces instances.

MAIS précisément la question de la participation syndicale aux institutions de la gestion sociale est étroitement dépendante du contexte et du rapport de forces :

En 1945, au sortir de la résistance la CGT est forte de 5 millions d'adhérents et le Parti communiste frise les 30%, tandis que le patronat et la bourgeoisie sont considérablement affaiblis par leur attitude sous l'occupation. Les réformes et notamment celle de la sécurité sociale ont un contenu révolutionnaire (voir Bernard FRIOT) en soustrayant au marché les sommes considérables de la protection sociale et en confiant aux travailleurs et à leurs représentants  la gestion des caisses.

Et donc dans ce cas il ne s'agit pas de paritarisme : au départ les syndicats, seuls (sans le patronat), désignent les membres des conseils d'administration. C'est cela qui ne sera jamais accepté par la classe dominante et par de Gaulle et les ordonnances de 1967 outre la séparation des risques instaurent un mode de gestion paritaire entre représentants des assurés et des employeurs.

Et tout sera fait pour que dans le cadre de ce paritarisme l'influence de la CGT soit de plus en plus minorée en jouant en particulier sur les divisions syndicales (pendant longtemps rôle de FO puis de la CFDT).

Autrement dit la classe dominante, les représentants de l'oligarchie n'admettent la participation des syndicats et des travailleurs aux instances de gestion qu'à condition que ne soit pas menacée leur hégémonie sur la conduite de l'économie et de l'état, que la loi du profit ne soit pas remise en cause et que ne soit pas contesté leur monopole de décision sur les questions stratégiques et les choix décisifs : dans l'entreprise comme dans les structures globales de gestion.

Bien sûr, la question n'est pas de déserter toutes les instances dites mensongèrement de "dialogue social", à condition de ne pas cultiver d'illusion chez les travailleurs, d'utiliser ces instances comme lieu d'information et de tribune, voire de concertation intersyndicale.

Sans jamais perdre de vue que comme le souligne Stéphane SIROT " la République a toujours voulu faire des syndicats une béquille de l'état " ... et de la politique de ses grands commis et que la double besogne d'un mouvement syndical digne de ce nom consiste aussi à se battre pour le renversement du capitalisme et de ses rapports d'exploitation et d'aliénation.

Ce qui sépare ceux qui acceptent le cadre dessiné, structuré, défendu, justifié par les classes dominantes et ses chiens de garde, qui acceptent la domination de classe et cantonnent l'intervention des travailleurs à l'adaptation aux exigences du capital sous couvert de modernisation et ceux qui refusent cette soumission est plus que jamais actuel.

Que dire par exemple du rôle d'une CFDT aussi fortement partisane de la "concertation" et du "dialogue" avec le MEDEF et avec l'état et acceptant toutes les contre-réformes en échange des miettes concédées par un soit-disant donnant-donnant qui laisse sur le carreau tous les conquis issus de luttes séculaires?

Le réformisme syndical de l'acceptation de l'Union sacrée en 1914 à la participation active à toutes les scissions pour affaiblir et isoler le courant révolutionnaire ayant toujours accompagné toutes les régressions sociales!

A l'heure de la crise systémique du capitalisme et de la contre-révolution macronienne l'heure est plus que jamais à la défense des conquis de la Libération ET à la construction d'une alternative politique durable qui place les travailleurs aux commandes de la société à l'envers des mirages d'un partenariat raisonnable avec les bénéficiaires du système existant!

VOIR également l'article sur le site du Front Syndical de Classe :

http://www.frontsyndical-classe.org/-1

PAR FSC

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